Chapitre VIII - LE PÈRE EST FIDÈLE
  • Le Seigneur est bon : sa fidélité est pour toujours (Ps 100 (99) ,5)

Au début de cet ouvrage, nous avons contemplé le projet de Dieu avant même la fondation du monde : son désir, en créant les hommes, était de les combler de ses bénédictions et d’en faire ses enfants bien-aimés, par Jésus, dans l’Esprit (cf. Ep 1,3-5).

Satan a saboté ce projet dès le commencement, en tentant nos premiers parents et en les poussant à la faute. Mais le Père n’a pas renoncé à réaliser son dessein d’amour.

 

Dieu est fidèle à Israël

Il a choisi un homme, Abraham, pour faire de lui le père d’une multitude de nations (Gn 17,5) ; il a fait alliance avec lui, et s’est engagé à réaliser sa promesse de combler les hommes de bénédictions : Le Seigneur dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12,1-3) (1)[1]

 

Les descendants d’Abraham, Jacob et ses fils, ont fui la sécheresse en Canaan et se sont installés en Égypte. Là, les Israélites furent féconds et se multiplièrent, ils devinrent de plus en plus nombreux et puissants, au point que le pays en fut rempli. (Ex 1,7) La bénédiction de Dieu commençait à se réaliser !

 

Mais un nouveau pharaon les réduisit en esclavage. Alors Dieu entendit leur gémissement ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. (Ex 3,24) « Dieu est le Dieu des pères, celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de ses promesses ; il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. »[2]

 

Moïse est devenu l’instrument du Père pour la libération de son peuple. Cinq siècles plus tard, Osée y voit la manifestation de son amour sauveur : Quand Israël était jeune, je l’aimai, et d’Égypte j’appelai mon fils. (Os 11,1)[3]

 

Après le passage de la Mer Rouge, Dieu a conclu une alliance avec son peuple, lui promettant de multiples bénédictions s’il y restait fidèle (cf. Ex 19) Malgré son engagement à obéir à la loi, Israël y a été constamment infidèle. C’est ce que le Père dénonce par la bouche d’Osée : Mon peuple est cramponné à son infidélité… (Os 11,7) Alors, Dieu va-t-il le punir ? Va-t-il le détruire pour en choisir un autre ? Non, son amour est miséricordieux ; si Israël est infidèle, lui demeure fidèle car il ne peut se renier lui-même. (2 Tm 2,13). C’est pourquoi il s’exclame : Comment t’abandonnerais-je, Ephraïm, te livrerais-je, Israël ? (…) Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… (Os 11,8-9)

 

Tout l’Ancien Testament met en lumière et proclame la fidélité de Dieu. « Dieu est le rocher d’Israël (Dt 32,4) ; ce nom symbolise son immuable fidélité, la vérité de ses paroles, la solidité de ses promesses. Ses paroles ne passent pas (Is 40,8), ses promesses seront tenues (Tb 14,4) ; Dieu ne ment pas, ni ne se rétracte (Nb 23,19) ; son dessein s’exécute (Is 25,1) par la puissance de sa parole qui, sortie de sa bouche, ne revient qu’après avoir accompli sa mission (Is 55,11) ; Dieu ne varie pas (Ml 3,6). »[4]

 

Le peuple non plus ne varie pas, mais dans son infidélité ! C’est pourquoi le Seigneur a permis une terrible épreuve : la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 587 avant Jésus-Christ, la destruction du temple et la déportation des Hébreux à Babylone (cf. 2 R 24-25). L’exil, qui a duré environ cinquante ans, a été un temps de purification. « L’oubli de la loi et l’infidélité à l’alliance aboutissent à la mort : c’est l’exil, apparemment échec des promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d’une restauration promise, mais selon l’Esprit. » [5]

 

Les Hébreux reviennent finalement à Jérusalem dans la joie (cf. Ps 126 (125)), et Dieu, « par les prophètes, forme le peuple dans l’espérance du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle et éternelle destinée à tous les hommes (cf. Is 2,2-4) et qui sera inscrite dans les cœurs (cf. Jr 31,31-34 ; He 10,16). Les prophètes annoncent une rédemption radicale du peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités (cf. Ez 36), un salut qui inclura toutes les nations (cf. Is 49,5-6 ; 53,11). »[6]

 

Jésus-Christ, le témoin fidèle (Ap 1,5)

C’est Jésus qui réalise la promesse de salut du Père, témoignant ainsi de l’indéfectible fidélité de celui-ci. C’est lui qui inaugure l’Alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’humanité, et c’est en lui d’abord qu’elle se réalise.

 

Le Fils, en s’incarnant, témoigne de la fidélité du Père. Peu après l’Annonciation, Marie, en visite chez Élisabeth, le proclame dans son Magnificat : Dieu est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté, comme il l’avait dit à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance pour toujours. (Lc 1,54-55) Et Zacharie fait de même dans son psaume prophétique à la naissance de Jean, le futur baptiste. (Cf. Lc 1,68-75)

 

Le serviteur fidèle, annoncé notamment par Isaïe (42,1-9), « c’est Jésus-Christ, le Fils et Verbe de Dieu, qui vient accomplir l’Écriture et l’œuvre de son Père (Mc 10-45 ; Lc 22,44 ; Jn 19,28-30 ; Ap 19,11). Par lui sont tenues toutes les promesses de Dieu (2 Co 1,20) ; en lui sont le salut et la gloire des élus (2 Tm 2,10) ; avec lui les hommes sont appelés par le Père à entrer en communion ; et c’est par lui que les croyants seront affermis et rendus fidèles à leur vocation jusqu’au bout (1 Co 1,8 s). C’est donc dans le Christ que se manifeste en plénitude la fidélité de Dieu (1 Th 5,23 s). »[7]

 

En Jésus se réalise parfaitement le dessein d’amour du Père avant la fondation du monde : Jésus est le Fils non seulement dans sa nature divine, mais aussi en tant qu’homme. Il est le nouvel Adam qui répond à l’amour du Père par une confiance, un amour et une fidélité parfaits. C’est par lui, avec lui et en lui que nous pouvons entrer dans l’Alliance nouvelle et éternelle, et y rester fidèles.

 

Dieu est fidèle à son Église pour toujours.

L’Évangile de Matthieu s’achève par cette promesse de Jésus : Voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde. (Mt 28,20) Comment donc ? Dans l’Église – et spécialement dans les sacrements -, par l’Esprit Saint. Le dessein du Père, de toute éternité, est de réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ (Ep 1,10). Cela se réalise dans l’Église, Corps mystique du Christ, auquel nous sommes incorporés par le baptême, l’Église qui est, « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. »[8]

 

Le Père veut que tous les hommes soient sauvés, deviennent ses enfants, et soient comblés de ses bénédictions. Voilà pourquoi, depuis la Pentecôte, « l’Esprit Saint pousse l’Église à coopérer à la réalisation totale du dessein de Dieu, qui a fait du Christ le principe du salut pour le monde entier. En prêchant l’Évangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ pour croître en lui jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude. »[9]

 

Quand nous regardons l’histoire de l’Église, nous ne pouvons que nous émerveiller devant la fidélité de Dieu à réaliser son dessein. Le tout petit groupe des apôtres a fondé des communautés qui ont grandi et se sont multipliées jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1,8). Il y a eu des périodes fastes, et des périodes de déclin, mais peu à peu l’Église a grandi : elle compte aujourd’hui plus d’un milliard de catholiques, et un milliard de baptisés dans les autres Églises chrétiennes ! Mais il reste encore cinq milliards d’hommes à incorporer ! En effet, « à faire partie du peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (cf. Jn 11,52). »[10]

 

Cette tâche nous dépasse infiniment. Elle ne peut être réalisée que par Dieu lui-même, plus précisément par l’Esprit Saint à l’œuvre dans et par l’Église. C’est pourquoi Jésus nous invite à prier chaque jour le Père de parfaire cette œuvre de son amour : Père, fais venir ton Règne ! (Mt 6,10).

 

Ce Règne a été inauguré par Jésus ; il est déjà présent au milieu de nous dans et par l’Église. Dans le « Notre Père », nous prions pour qu’il s’étende au monde entier, et qu’il triomphe définitivement du mal et du péché. En attendant la venue du Christ dans la gloire, qui instaurera définitivement le Règne du Père sur l’humanité entière, l’Église poursuit sa mission évangélisatrice, et s’appuie pour cela sur la fidélité de Dieu.

Cette fidélité implique une lutte contre le Tentateur ; elle requiert vigilance et prière (cf. Mt 6,13 ; 26,41 ; 1 P 5,8 s). L’Église, composée de pécheurs, a connu la défaillance de certains de ses membres : fautes graves, parfois scandaleuses, apostasie, hérésies, schismes… Mais, même dans les périodes les plus sombres, la barque de Pierre n’a pas coulé, parce que Jésus est à l’intérieur. Parfois il semble dormir, mais ensuite, avec autorité, il calme les vents et la mer – c’est-à-dire les forces du mal -, et le navire de l’Église poursuit sa course dans la bonne direction. (Cf. Mc 4,35-41)

 

C’est grâce à une foi inébranlable en Jésus que l’Église lui demeure fidèle. D’ailleurs, en latin, c’est le même mot « fides » qui signifie la foi et la fidélité. Celle-ci est le déploiement de la foi dans le temps ! Jésus a appelé ses disciples à la fidélité (cf. Lc 12,42), et leur donne cette grâce par l’Esprit Saint (cf. Ga 5,22). Ils manifestent ainsi leur amour pour le Seigneur, et la foi les protège comme un bouclier contre les traits enflammés du malin (Ep 6,16).

 

Comme c’est Satan qui, à travers ceux qu’il a trompés, freine l’établissement du Règne de Dieu, Jésus nous invite à prier le Père : Ne nous expose pas à la tentation, mais délivre-nous du tentateur (Mt 6,13).[11]

 

« En demandant d’être délivrés du Mauvais, nous prions également pour être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l’auteur ou l’instigateur. Dans cette ultime demande, l’Église porte toute la détresse du monde devant le Père. Avec la délivrance des maux qui accablent l’humanité, elle implore le don précieux de la paix et la grâce de l’attente persévérante du retour du Christ. En priant ainsi, elle anticipe dans l’humilité de la foi la récapitulation de tous et de tout en Celui qui détient la clé de la mort et de l’Hadès (Ap 1,18), le Maître de tout ; il est, il était et il vient (Ap 1,8). »[12]

 

 

[1] Cf. ch. II 2 : Abraham père des croyants.

 

[2] CEC n° 205

 

[3] Cf. ch. II 2 : Dieu sauve et recrée son peuple avec Moïse.

 

[4] VTB p. 452

 

[5] CEC n° 710

 

[6] CEC n° 64

 

[7] VTB p. 453

 

[8] Vatican II, Constitution sur l’Église n°1

 

[9] Ibid. n°17

 

[10] Ibid. n°13

 

[11] cf. CEC n° 2846 à 2854

 

[12] CEC n° 2854