Chapitre IX - PÈRE PAR-DELÀ LA MORT
  • Dieu est notre Père pour l’éternité

 

L’ultime bénédiction du Père

Au début de notre méditation, saint Paul nous a aidés à réaliser le dessein d’amour du Père pour nous avant la fondation du monde : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ : il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ (Ep 1,3).

 

Lorsqu’il a créé Adam et Ève, le Père a commencé à réaliser ce dessein d’amour : nos premiers parents étaient saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour ; ils étaient ses enfants adoptifs, et devaient l’être toujours puisqu’ils étaient immortels.[1]

 

Malheureusement le péché originel a tout cassé : Adam et Ève ont perdu leur sainteté, et cette mort spirituelle a entraîné la maladie et la mort.[2]

 

Mais le Père a tout ressaisi dans le Christ, nouvel Adam : Il nous a comblés de sa grâce en son Bien-aimé : en lui, par son sang, nous sommes délivrés ; en lui nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce (Ep 1,6-7). Baptisés dans le Christ, nous avons été libérés du péché originel, et sommes devenus enfants adoptifs du Père.[3]

 

En outre, en ressuscitant, Jésus a vaincu la mort. Plongés, au baptême, dans sa mort et sa résurrection, nous avons reçu la vie éternelle. Celle-ci est déjà commencée pour nous, et elle s’épanouira pleinement à notre mort, qui sera notre naissance au ciel : [Dans le Christ], poursuit saint Paul, vous avez entendu la parole de vérité, l’Évangile qui vous sauve. En lui encore vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit Saint, acompte de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de la gloire [du Père]. (Ep 1,13-14)

 

C’est notre foi en la vie éternelle qui fonde notre espérance, et qui change complètement la vision humaine de la mort. Alors que le non croyant considère la mort comme l’échec absolu qui conduit au néant, « le chrétien qui unit sa propre mort à celle de Jésus voit la mort comme une venue vers lui et une entrée dans la vie éternelle »[4], pour une béatitude sans fin dans la communion d’amour avec le Père, par le Fils, dans l’Esprit !

 

Jésus premier né d’entre les morts (Col 1,18)

Après avoir accompli notre rédemption, Jésus ressuscité dit à Marie Madeleine : Je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. (Jn 20,17)

 

Nous trouvons cela normal, puisqu’il était venu d’auprès du Père (cf. Jn 1,1). Mais il ne monte pas vers son Père comme il en était venu : il monte avec son corps, par lequel il s’est uni à notre humanité. « L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1,11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3,3). »[5]

 

Le corps ressuscité du Christ est devenu un corps spirituel (1 Co 15,44). « Le corps ressuscité avec lequel il se présente à ses disciples est le même qui a été martyrisé et crucifié, puisqu’il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24,40 ; Jn 20,20-27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d’un corps glorieux : il n’est plus situé dans l’espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28,9.16-17 ; Lc 24, 15.26 ; Jn 20,14.19.26 ; 21,4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n’appartient plus qu’au domaine divin du père. »[6]

 

Le corps du Christ ressuscité est dit spirituel car il est totalement rempli du Saint-Esprit : « Le corps de Jésus est, dans la résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit ; il participe à la vie divine dans l’état de sa gloire, si bien que saint Paul peut dire du Christ qu’il est l’homme céleste (cf. 1 Co 15,35-50). »[7]

 

Il est important de le réaliser, car c’est cela qui fonde notre foi en la résurrection des morts : « Jésus-Christ, Tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son Corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui. »[8]

 

Marie, « signe d’espérance assurée et de consolation pour l’Église »[9]

La Vierge Marie, Mère de Jésus et notre Mère, est la première à avoir été glorifiée corps et âme. C’est pourquoi « elle représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur. »[10]

 

Après la résurrection de Jésus, Marie a veillé maternellement sur les enfants que son Fils en croix lui avait confiés : l’Église naissante. Mais en même temps elle vivait une communion d’amour intense avec Jésus glorifié, et son plus cher désir était de le rejoindre dans la gloire du Père. Pour cela il lui fallait s’endormir dans la mort. C’est arrivé un jour – nous ignorons quand – et sa mort, selon le P. M.-D. Philippe, « est vraiment une mort d’amour, une mort provoquée et réalisée par l’Amour. Dans un très beau passage de son traité de l’Amour de Dieu, saint François de Sales, écho de toute une tradition, nous parle de cette dormition de Marie en disant qu’elle meurt dans une extase d’amour. »[11]

 

Alors le corps virginal de Marie, qui avait porté le Verbe de Dieu incarné, est ressuscité et monté au ciel. « Cette résurrection se fait sur le modèle de la résurrection du corps glorieux de Jésus. Le corps glorieux de Marie ressemble au corps glorieux de Jésus d’une ressemblance unique ; (…) c’est la nouvelle Ève toute semblable au nouvel Adam. (…) Toute la beauté du corps glorieux de Jésus se retrouve en elle. (…) N’est-elle pas représentée par Jean, dans sa vision céleste, comme la femme enveloppée de soleil (Ap 12,1), pulchra ut luna (belle comme la lune), car sa beauté, son éclat viennent du soleil ? »[12]

 

Désormais, et pour l’éternité, Marie vit avec son Fils une communion d’amour parfaite. « Entre l’humanité glorieuse de Jésus et celle de Marie s’exerce une vie commune où s’épanouit la charité divine de Jésus et de Marie selon un mode tout nouveau, avec une liberté et une plénitude, une pénétration et une compréhension merveilleuses. La vie de Nazareth, la vie de la Sainte Famille, se prolonge en se transfigurant dans le ciel. (…) Jésus continue d’exercer sur le cœur de la Très Sainte Vierge son influence de Fils bien-aimé, de bon Pasteur qui la connaît par son nom, qui l’aime plus que toutes les autres brebis, d’un amour de prédilection infiniment doux et fort. (…) Marie, dans sa pauvreté glorieuse, reçoit tout avec soif et se donne avec amour. Elle est toute relative à son Jésus. Tout en son cœur glorieux de mère ne vit que par lui. »[13]

 

En même temps, Marie est entraînée par Jésus dans la communion avec le Père. « La lumière de gloire lui permet de voir Dieu de l’intérieur, en son mystère. (…) En voyant le Verbe, elle voit le Père et l’Esprit Saint. (…) Marie est associée à cette vie trinitaire par le Fils, et dans le Fils elle est fille du Père, elle aime dans la lumière même du Verbe. »[14]

 

La vision béatifique fait participer immédiatement Marie à la vie de Dieu. « Elle est pour l’éternité la petite fille bien-aimée du Père, héritière de tout son trésor familial. »[15]

 

Héritière, en particulier, de sa miséricorde pour tous ceux que Jésus a rachetés par son sang. « C’est grâce à cette unité si profonde, si intime, qu’elle réalise avec Jésus cette œuvre de miséricorde et d’amour fraternel à l’égard de tout le Corps mystique. Elle est pour l’éternité la mère des membres du Christ. »[16] De nous tous qui sommes encore en pèlerinage sur la terre ; et aussi des élus qui ont déjà le bonheur d’être au Paradis. « Dans le ciel, pour les élus, cette présence est vécue en pleine lumière, et toutes ses virtualités sont explicitées parfaitement. Marie exerce toujours sur les élus ce rôle maternel, miséricordieux et fort. Elle illumine chaque élu et se donne à chacun en particulier. »[17] Et même les âmes qui sont en purgatoire bénéficient de sa maternelle intercession.

 

Ô Vierge Marie, Mère de miséricorde, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort, pour que nous ayons alors le bonheur d’être introduits par toi, pour l’éternité, dans la communion d’amour avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint, en compagnie de tous les saints qui nous ont précédés !

 

Le dessein de Dieu pour les baptisés

Ce que la Vierge Marie a vécu à la perfection, le Père désire aussi nous le faire vivre à notre mort, sous des modalités différentes. « Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. (…) Par le baptême, le chrétien est déjà sacramentellement « mort avec le Christ », pour vivre d’une vie nouvelle ; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce « mourir avec le Christ » et achève ainsi notre incorporation à lui dans son acte rédempteur. »[18]

 

Ainsi envisagée, la mort n’est pas un événement triste, voire sinistre ; c’est au contraire notre naissance au ciel, qui nous introduit dans la joie des bienheureux. Saint Ignace d’Antioche, alors qu’on le conduisait à Rome pour qu’il y fût livré aux bêtes, écrivait : « Il est bon pour moi de mourir dans (eis) le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche. »[19]

 

Certes, à la différence du corps de la Vierge Marie, notre corps connaît la corruption en attendant la résurrection de la chair au jugement dernier, où il deviendra glorieux[20] ; mais notre âme est promise à une félicité totale auprès de Dieu. Aussi l’Église recommande à Dieu avec confiance l’âme du mourant qui vient de recevoir sincèrement les derniers sacrements :

 

« Quitte ce monde, âme chrétienne, au nom du Père Tout-Puissant qui t’a créée, au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a été répandu en toi. Prends ta place aujourd’hui dans la paix, et fixe ta demeure avec Dieu dans la sainte Sion, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, avec saint Joseph, les anges et tous les saints de Dieu. (…) Qu’à l’heure où ton âme sortira de ton corps, Marie, les anges et tous les saints se hâtent à ta rencontre. (…) Que tu puisses voir ton Rédempteur face à face… »[21]

 

Dans chaque prière eucharistique, du reste, nous trouvons un écho à cette prière : Père, « sur nous tous enfin nous implorons ta bonté : permets qu’avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec les Apôtres et les saints de tous les temps qui ont vécu dans ton amitié, nous ayons part à la vie éternelle, et que nous chantions ta louange, par Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé. »[22]

 

Dans le credo, nous professons notre foi en la vie éternelle, et l’espérance chrétienne nous fait tendre vers celle-ci. Benoît XVI nous invite à l’imaginer comme « une immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. (…) Ce moment est la vie au sens plénier (…) et nous sommes simplement comblés de joie. »[23]

 

Dans la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15), Jésus a donné une image extraordinaire de la bonté et de la miséricorde du Père : soyons sûrs qu’à notre mort celui-ci nous accueille avec le même amour pour nous introduire, si nous sommes prêts, dans son intimité pour un bonheur éternel.

 

C’est cela qu’il veut pour nous, ses enfants. Jésus l’a signifié en utilisant, pour parler du Royaume des cieux, des images joyeuses, comme celle d’un repas de fête (cf. Lc 14,15-24) ou celle des noces (cf. Mt 25,1) ; et le livre de l’Apocalypse s’achève par l’évocation des noces de l’Agneau, ouvrant à une joie sans fin : Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et rendons-lui gloire, car voici les noces de l’Agneau. Son épouse s’est préparée, il lui a été donné de se vêtir d’un lin resplendissant et pur, (…) les œuvres justes des saints. (Ap 19,7-8)

 

Alors tous les malheurs de cette terre, en particulier ces terribles souffrances des enfants innocents que nous avons évoquées, tout cela aura disparu, si bien qu’il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. (Ap 21,4) La paix régnera pour toujours… enfin !

 

Alors « ce sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était « comme le sacrement » (Constitution sur l’Église 1). Ceux qui seront unis au Christ formeront la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (Ap 21,2), l’Épouse de l’Agneau (Ap 21,9). Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les souillures (cf. Ap 21,27), l’amour-propre, qui détruisent ou blessent la communauté terrestre des hommes. La vision béatifique, dans laquelle Dieu s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion mutuelle. »[24]

 

Comment les hommes peuvent-ils avoir peur de Dieu qui veut les combler de bonheur, et peur de la mort qui ouvre à une telle béatitude ? Ceux qui ont compris le dessein d’amour du Père désirent au contraire le rejoindre. Non par déception devant ce monde de souffrance, mais pour pouvoir enfin aimer en plénitude et Dieu, et, en lui, tous leurs frères humains. Ce fut le cas de la Vierge Marie, nous l’avons vu ; de saint Paul qui avait eu le privilège d’être enlevé jusqu’au paradis (cf. 2 Co 12,2-4), et avait le désir de s’en aller et d’être avec le Christ (Ph 1,23) ; de saint Ignace d’Antioche (cf. plus haut) ; de sainte Thérèse d’Avila disant : « Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir »[25] ; ou de sainte Thérèse de Lisieux s’exclamant : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie »[26] ; et de tant d’autres encore.

 

Il n’y avait pas de crainte en leur cœur parce qu’ils aimaient Dieu. Or, écrit saint Jean, en ceci l’amour, parmi nous, est accompli, que nous avons pleine assurance pour le jour du jugement, parce que, tel il est, lui, Jésus, tels nous sommes, nous aussi, dans ce monde. De crainte, il n’y en a pas dans l’amour ; mais le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment ; et celui qui craint n’est pas accompli dans l’amour. (1 Jn 4,17-18) Ici-bas, nous ne devrions connaître que la crainte révérencielle de Dieu, don du Saint-Esprit qui nous enseigne la sagesse et nous donne le désir de vivre dans l’amour pour ne pas déplaire au Père qui nous chérit, à Jésus qui a donné sa vie pour nous, et à l’Esprit de vérité et d’amour.

 

Pour entrer au ciel, il faut avoir revêtu le vêtement de noce (Mt 22,11)

C’est Jésus qui l’affirme dans la parabole du festin nuptial : Entré pour regarder les convives, le roi aperçut là un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. (…) Alors le roi dit aux servants : « Jetez-le pieds et points liés dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents. » Certes la multitude est appelée, mais peu sont les élus. (Mt 22, 11.13)

 

Ce vêtement symbolise les œuvres bonnes dont Matthieu souligne constamment l’importance (cf. 5,16-20 ; 7,21-22). Saint Jean, de même, présente le vêtement de l’épouse de l’Agneau comme un lin constitué par les œuvres bonnes des saints (Ap 19,8). A contrario, ceux qui sont jetés dans les ténèbres sont ceux qui ont commis l’injustice et dont les œuvres étaient mauvaises.

 

Nous n’irons pas tous d’emblée au Paradis, contrairement à ce que dit la chanson, ou à ce que prétendent les doctrines issues du Nouvel Âge. Par exemple, à partir des expériences de mort immédiate, des penseurs comme le Dr R. Moody ou le Dr E. Kübler-Ross, qui ont des pratiques occultes et spirites, affirment que le jugement dernier et l’enfer n’existent pas, et que, par-delà la mort, l’âme poursuit son autoréalisation et sa croissance, en particulier des capacités de l’amour et du savoir. C’est ce que l’on peut appeler « l’auto-salut gnostique »[27] Cette idéologie contredit la Parole de Dieu, comme ces affirmations de Jésus citées plus haut. Elle commet un péché de présomption.[28] Certes le Père nous aime infiniment, et il veut notre bonheur éternel ; mais il est juste, et ne peut nous accueillir au ciel que si nous avons mené ici-bas une vie juste, et avons été justifiés par sa miséricorde.

 

Les Paroles de Jésus sont donc pour nous « un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel », et « en même temps un appel à la conversion (cf. Mt 7,13-14). »[29] « Ignorants du jour et de l’heure, il faut que, suivant l’avertissement du Seigneur, nous restions constamment vigilants pour mériter, quand s’achèvera le cours unique de notre vie terrestre, d’être admis avec lui aux noces et comptés parmi les bénis de Dieu. »[30]

 

Le cours de notre vie est unique, affirme l’Église. A notre mort, « nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. Les hommes ne meurent qu’une fois (He 9,27). Il n’y a pas de « réincarnation » après la mort. »[31]

 

Durant notre vie terrestre, nous devons donc tout mettre en œuvre pour vivre dans l’amour et dans la justice, en gardant les commandements de Dieu, comme Jésus le prescrit dans la dernière Parole de lui que rapporte Matthieu (Mt 28,20). Le Christ s’est donné à nous[32] ; il nous y précède et nous accompagne comme le bon berger conduit ses brebis (cf. Jn 10). Dans son Église, il s’offre à nous dans les sacrements pour nous aider à grandir, jour après jour, en sainteté.

 

Sur cette terre, si nous rencontrons des difficultés à cause de nos fragilités et de nos blessures, si nous tombons à cause de nos péchés, nous pouvons toujours revenir au Père qui nous fait merveilleusement miséricorde[33], aussi souvent que nous en avons besoin, car il est fidèle et ne peut se renier lui-même (2 Tm 2,13).[34] Le désir constant du Père est de nous fortifier, de nous guérir et de nous sanctifier tout au long de notre vie.

 

Certes les épreuves subsistent sur la terre : nul n’est épargné. Mais elles contribuent à notre purification. « Le chrétien doit s’efforcer, en supportant patiemment les souffrances et les épreuves de toute sorte, et, le jour venu, en faisant sereinement face à la mort, d’accepter comme une grâce ces peines temporelles du péché ; il doit s’appliquer, par les œuvres de miséricorde et de charité, ainsi que par la prière et les différentes pratiques de pénitence, à se dépouiller complètement du vieil homme et à revêtir l’homme nouveau (cf. Ep 4,24). »[35]

 

Confiance et courage, l’Église affirme « qu’une conversion qui procède d’une fervente charité peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait. »[36] Autrement dit, celui qui, à sa mort, est totalement purifié, entre directement dans le Royaume des cieux. 

 

A la mort, le jugement particulier

La perspective du jugement provoque chez beaucoup la crainte. Pourtant, affirme Benoît XVI, elle doit susciter plutôt l’espérance : « Il est impossible que l’injustice de l’histoire soit la parole ultime. (…) A la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s’était passé ! »[37] S’ils n’ont pas revêtu le vêtement de noce, les méchants ne seront pas admis au festin des noces de l’Agneau ; ils auront besoin d’une sérieuse purification !

 

Quand on parle du jugement de Dieu, on pense au jugement dernier, à la fin du monde (cf. Mt 25). « Mais le Christ affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate, après la mort, de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi (cf. Lc 16,22 ; Lc 23,43) (…) Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiate- ment dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours. »[38]

 

 Lors du jugement particulier, « certains entrent immédiatement dans la béatitude du ciel ». Le CEC précise : « Ceux qui meurent dans la grâce de l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. (…) Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif. »[39]

 

C’est aussi l’ultime bénédiction du Père, comme l’atteste Jésus lui-même : Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. (Mt 25,34)

 

Hélas, certains s’excluent de ce Royaume et sont condamnés à une peine éternelle (Mt 25,46). En effet, « nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer. Nous ne pouvons aimer Dieu si nous péchons gravement contre lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes (cf. 1 Jn 3,15). (…) Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et les bienheureux qu’on désigne par le mot « enfer ». »[40]

 

Jésus ne fait que tirer les conséquences de ce mauvais choix quand il dit : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. (Mt 25,41)

Le texte du jugement dernier montre que c’est dès ici-bas que nous faisons les choix qui nous vaudront le ciel ou l’enfer : l’amour ou l’égoïsme ; la charité ou le mal. Or « selon l’expérience, écrit Benoît XVI, ni un cas ni l’autre ne sont la normalité dans l’existence humaine. Chez la plupart des hommes – comme nous pouvons le penser – demeure présente au plus profond de leur être une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l’amour, pour Dieu. Cependant, dans les choix concrets de vie, elle est recouverte depuis toujours de nouveaux compromis avec le mal. (…) Qu’est-ce qu’il advient de tels individus lorsqu’ils comparaissent devant le Juge ? »[41]

 

Le CEC répond à cette question : « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. L’Église appelle purgatoire cette purification finale des élus qui est tout-à-fait distincte du châtiment des damnés. »[42]

 

Les textes bibliques parlent d’un feu purificateur (cf. 1 Co 3,15 ; 1 P 1,7), différent de celui dans lequel sont plongés les damnés. « Certains théologiens récents, écrit Benoît XVI, sont d’avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec lui est l’acte décisif du jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes, (…) et avec cela totalement de Dieu. »[43]

 

Le Saint-Père ajoute cette précision : « Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. »[44]

 

Les âmes du purgatoire ne peuvent rien faire pour limiter cette « durée », mais nous nous le pouvons, en unissant notre prière à celle de l’Église, dans le mystère de la communion des saints.[45] « Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts, et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. »[46]

Cette prière pour les âmes en purgatoire est si importante que certaines œuvres s’y consacrent totalement, par exemple le sanctuaire de Notre-Dame libératrice à Montligeon (Orne), à la suite de nombreux saints, comme sainte Catherine de Gênes, auteur d’un traité du Purgatoire en 1571.[47]

 

[1] Cf. ch. II 1 : La création d’Adam et Ève.

 

[2] Cf. ch. II 1 : Le péché originel

 

[3] Cf. ch. III 4 : Enfants du Père par le baptême.

 

[4] CEC n° 1020

 

[5] CEC n° 665

 

[6] CEC n° 645

 

[7] CEC n° 646 ; cf. n° 663

 

[8] CEC n° 666

 

[9] Vatican II, Constitution sur l’Église n° 68

 

[10] Ibid.

 

[11] P. Marie-Dominique Philippe, Mystère de Marie, Aletheia Fayard 1999 p. 50

 

[12] Ibid. p. 63-64

 

[13] Ibid. p.64-65

 

[14] Ibid. p. 56

 

[15] Ibid. p. 61

 

[16] Ibid. p. 65

 

[17] Ibid. p. 69

 

[18] CEC 1010

 

[19] Ibid. (eis), en grec, signifie « dans » avec une nuance de changement de lieu (ici, de la terre vers le ciel).

 

[20] Cf. CEC 999

 

[21] CEC n° 1020

 

[22] Prière eucharistique II

 

[23] Benoît XVI, Encyclique Spe salvi, Sauvés dans l’Espérance, 2007, n° 12

 

[24] CEC n° 1045

 

[25] CEC n° 1011

 

[26] Ibid.

 

[27] P. Aleksander Posacki, sj, Psychologie et Nouvel Âge, Ed. Bénédictines 2009 p. 47 sq

 

[28] Cf. CEC n° 2092

 

[29] CEC n° 1036

 

[30] Vatican II, Constitution sur l’Église, 48

 

[31] CEC n° 1013 en modèle et nous a tracé le chemin

 

[32] Cf. ch. VI

 

[33] Cf. ch. VII

 

[34] Cf. ch. VIII

 

[35] CEC n° 1473

 

[36] CEC n° 1472 ; cf. n° 1470

 

[37] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance, 43-44. La dernière partie de l’Encyclique (43-48) évoque « le Jugement comme lieu d’apprentissage et d’exercice de l’Espérance ».

 

[38] CEC n° 1021-1022

 

[39] CEC n° 1023-1024

 

[40] CEC n°1033

 

[41] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance, 46

 

[42] CEC n° 1030-1031

 

[43] Benoît XVI, ibid. 47

 

[44] Ibid.

 

[45] Cf. CEC 1475

 

[46] CEC 1032

 

[47] Livre réédité aux éditions de l’Emmanuel en 1993