Chapitre IX - PÈRE PAR-DELÀ LA MORT
  • La mort du père

Lorsque notre père meurt, son âme comparaît devant le Christ et subit son jugement particulier. Celui-ci est prononcé en fonction de toutes ses œuvres, et donc prend en compte la manière dont il a exercé sa responsabilité de père. Il avait pour vocation de révéler à ses enfants la paternité de Dieu. A présent, dans son intelligence éclairée par la Lumière divine, il voit en pleine lumière ce qu’il a réellement vécu. Sur terre, à cause de nos blessures et de nos péchés, nous pouvons nous aveugler nous-mêmes, au point de prendre parfois un mal pour un bien, et de justifier à nos yeux les pires comportements. Après notre mort ce n’est plus possible : comme le rappelait Benoît XVI, « devant le regard du Christ s’évanouit toute fausseté. »[1]

 

Dès lors peuvent se présenter trois situations différentes. Si le père est parfaitement purifié, et a été un excellent père, Jésus lui dit : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de chose. (…) Viens te réjouir avec ton maître. (Mt 15,21) Et il le conduit vers son Père qui le reçoit avec tout son amour. Pensons à saint Joseph : avec quelle tendresse Jésus a dû l’accueillir au ciel, et le mener vers le Père dont il avait été une si parfaite icône ! Et Joseph était escorté respectueusement par Abraham, tous les patriarches et tous les bons pères de l’ancienne alliance.

 

A l’opposé, certains pères ont été odieux sur la terre, et ont commis d’horribles crimes vis-à-vis de leurs enfants. Il y en a « qui ont détruit totalement le désir de la vérité et la disponibilité à l’amour. Ce sont des personnes en qui tout est devenu mensonge, qui ont vécu pour la haine et qui en elles-mêmes ont piétiné l’amour. (…) Dans de semblables individus il n’y aurait rien de remédiable et la destruction du bien serait irrévocable : c’est cela qu’on indique par le mot « enfer ». »[2]

 

Sans doute, hélas, existe-t-il de tels pères. Mais nul ne peut se permettre d’affirmer que son père défunt, aussi mauvais qu’il ait pu être, est en enfer, car nul ne sait ce qui s’est passé dans son âme au moment de sa comparution devant le Christ Roi, l’unique Juge.

 

Certains sont préoccupés parce que leur père s’est suicidé, et ils ont parfois eu la terrible douleur d’en être témoins. Certes le suicide est une faute grave[3] ; mais le CEC précise : « Des troubles psychiques graves, l’angoisse ou la crainte grave de l’épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire. On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager, par des voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire récompense. »[4]

 

Et puis il y a l’immense foule des pères qui, dans leur cœur, aimaient leurs enfants, mais qui ont été imparfaits, et qui ont même pu leur faire beaucoup de mal. Peut-être avant leur mort s’en sont-ils rendu compte, et peut-être s’en sont-ils repentis, que leurs enfants l’aient su ou pas. Au moment de leur comparution devant Jésus, ils voient clairement tout le mal qu’ils ont fait, et ne peuvent entrer d’emblée au Royaume de l’Amour : ils ont besoin d’être auparavant purifiés. « Cette transformation est certainement douloureuse, affirme Benoît XVI, comme « par le feu ». Cependant c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de l’amour [du Christ] [les] pénètre comme une flamme, [leur] permettant à la fin d’être totalement eux-mêmes et avec cela totalement de Dieu. »[5]

 

Le jugement particulier du père est donc un moment de vérité. C’est aussi le moment de la justice. Certains enfants blessés par leur père ont réclamé justice ici-bas, et ne l’ont pas forcément obtenue. A présent Jésus, le juste Juge, leur a rendu justice, et les pères qui n’ont échappé à l’enfer que de justesse devront vivre une purification bien douloureuse avant de pouvoir entrer dans la gloire du ciel !

 

C’est enfin le moment de l’amour retrouvé. En même temps qu’il subit son épreuve de purification, le père s’ouvre de plus en plus à l’amour de Dieu, et celui-ci rejaillit sur les autres, à commencer par ses enfants.

 

Dès lors il n’est pas possible d’affirmer « que les âmes des défunts encore au purgatoire puissent nuire de façon actuelle et décisive à leurs descendants »[6] comme le prétendent certains auteurs.[7]

 

Au contraire, maintenant qu’ils sont de plus en plus ouverts à l’amour, les pères défunts qui sont en purgatoire regrettent amèrement tout le mal qu’ils ont fait à leurs enfants, et leur en demandent pardon. D’ailleurs lorsque l’on prie pour quelqu’un qui a été blessé par son père, il n’est pas rare que l’un des priants soit inspiré à demander pardon à cette personne, au nom de son père, pour le mal que celui-ci lui a fait. Maintenant le père ne veut que du bien à son enfant, et tout le bien possible !

 

Il va même devenir pour les siens un intercesseur. Les âmes du purgatoire ne peuvent rien pour elles-mêmes, mais, dans le mystère de la communion des saints, elles peuvent prier et intercéder pour les membres de leur famille encore sur la terre. Pour cela il est bon que nous commencions par prier pour elles, car « notre prière peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »[8]

 

  • Notre communion avec notre père défunt

Ceux dont le père est décédé pensent à lui soit en bien, en se souvenant des bons moments vécus avec lui, soit en mal, en se remémorant toutes les souffrances vécues à cause de lui ; mais ils restent alors tournés vers le passé. Ceux qui sont chrétiens (ainsi que les adeptes d’autres religions) croient en la vie éternelle, et savent donc qu’un jour ils retrouveront leur père ; ils sont alors tournés vers le futur. Sont-ils nombreux ceux qui continuent à vivre en communion avec lui quotidiennement ? Voyons comment c’est possible.

 

Non au spiritisme

Comme l’ont toujours fait les Juifs et l’Église, écartons tout de suite ce moyen illusoire de communication avec les morts qu’est le spiritisme.

 

Il arrive, très exceptionnellement, que Dieu autorise une âme du purgatoire à se manifester à quelqu’un. Sainte Faustine en a fait l’expérience : « Une nuit, une sœur morte depuis deux mois est venue me voir. Je la vis dans un état effrayant : toute en flammes, le visage douloureusement tordu. Cela dura quelques instants, puis elle disparut. » Sœur Faustine a compris qu’elle devait supplier la miséricorde de Dieu pour cette sœur, ce qu’elle a fait ; et plus tard elle l’a revue dans un bien meilleur état.[9] Ce type d’expérience a été vécu par d’autres personnes qui avaient vocation à prier pour les âmes du purgatoire.

 

Mais remarquons qu’elles n’ont en rien recherché ces apparitions. A l’inverse, si l’on cherche à contacter l’âme d’un mort en utilisant le spiritisme, on s’expose à de graves dangers. En effet, on entre alors en contact non avec le défunt, mais avec des esprits mauvais. Ceux-ci connaissent des éléments de la vie des morts, et peuvent ainsi nous tromper. Ils usurpent la place de nos proches décédés et prennent ainsi une emprise sur nous, qui peut devenir importante.

 

Le Père Christian, alors exorciste, en donne un témoignage : « Une femme est venue me voir récemment. Elle avait perdu son père. Des amis lui ont proposé d’interroger les défunts. Elle a refusé, puis hésité, puis finalement accepté, « seulement pour être sûre que mon père est heureux » m’a-t-elle dit. La séance se passe bien, le « contact » est établi. Son « père » l’appelle par son prénom de fillette, détail inconnu des assistants. Mais il devient de plus en plus grossier au fil de la soirée. A tel point que la femme finit par s’écrier : « Non, papa, ce n’est pas toi ! » A ce moment-là, affirme-t-elle, le guéridon se lève, la frappe, et la blesse ! »[10]

 

Philippe Madre, médecin et diacre, a constaté les dégâts de la pratique du spiritisme. Celle-ci, « même sur une courte durée, comporte un risque sévère d’aliénation spirituelle maligne, mais aussi de trouble psychique sans rapport direct avec un problème spirituel. (…) En 1985, au Brésil (pays où le spiritisme est un phénomène social), des statistiques officielles évaluaient à 75% le nombre des malades psychiques hospitalisés dont la pathologie était liée au spiritisme. »[11]

 

C’est pour cela que la Bible a toujours condamné le recours au spiritisme. Par exemple ce texte : On ne trouvera chez toi personne (…) qui pratique divination, incantation, mantique ou magie, personne qui use de charmes, qui interroge les spectres et devins, qui invoque les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination au Seigneur ton Dieu. (Dt 18,10-12 ; cf. Lv 19,31 ; 20,6 ; Jr 29,8)

 

L’Église, dans sa sagesse, dénonce aussi clairement ces pratiques : « Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan et aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort « dévoiler » l’avenir. (…) Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul. (…) Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s’en garder. »[12] Tous les exorcistes, qui constatent les dégâts causés par de telles pratiques, tiennent le même discours.[13]

 

Alors, pouvons-nous communiquer avec nos défunts ? Et comment ?

 

Dans le mystère de la communion des saints

Nous pouvons parler à nos défunts, mais, sauf si Dieu le permet, ils ne peuvent pas nous répondre de la même manière. Cela ne nous empêche pas de communiquer avec eux, c’est-à-dire d’être en relation avec eux. Nous pouvons être en communion avec eux, dans la foi, comme nous le sommes avec Dieu lui-même : grâce surtout à la prière et aux sacrements. L’amour ne meurt pas (1 Co 13,8) ; c’est dans cet amour que nous pouvons rejoindre nos défunts.

 

Benoît XVI l’affirme : « Que l’amour puisse parvenir jusqu’à l’au-delà, que soit possible un mutuel donner et recevoir, dans lequel les uns et les autres demeurent unis par des liens d’affection au-delà des limites de la mort, cela a été une conviction fondamentale de la chrétienté à travers les siècles, et reste aussi aujourd’hui une expérience réconfortante. »[14]

 

C’est dans le mystère de la communion des saints que nous pouvons communiquer avec nos défunts. « Dans la communion des saints, il existe entre les fidèles – ceux qui sont en possession de la patrie céleste, ceux qui ont été admis à expier au purgatoire, ou ceux qui sont encore en pèlerinage sur la terre – un constant lien d’amour et un abondant échange de tous les biens. Dans cet échange admirable, la sainteté de l’un profite aux autres, bien au-delà du dommage que le péché de l’un a pu causer aux autres. »[15]

 

Par conséquent notre père, s’il est saint, intercède puissamment pour nous et nous obtient les grâces dont nous avons besoin. Et même s’il est en purgatoire, purifié de plus en plus par l’Amour, il peut également le faire. Quant à nous, en priant pour lui, en offrant pour lui des suffrages, nous lui faisons du bien, car « le recours à la communion des saints permet au pécheur contrit d’être plus tôt et plus efficacement purifié des peines du péché. »[16]

 

Benoît XVI affirme de même : « Nos existences sont en profonde communion entre elles. (…) Ainsi, mon intercession pour quelqu’un n’est pas du tout quelque chose qui lui est étranger, extérieur, pas même après la mort. Dans l’inter-relation de l’être, le remerciement que je lui adresse, ma prière pour lui peuvent signifier une petite étape de sa purification. (…) Il n’est jamais trop tard pour toucher le cœur de l’autre, et ce n’est jamais inutile. »[17]

 

Nous vivons cette communion avec nos défunts dans notre cœur, dans notre prière, et par-dessus tout dans l’Eucharistie. En effet, lorsque nous communions au Corps du Christ, c’est tout le ciel qui descend dans notre cœur : Jésus uni au Père et à l’Esprit, mais aussi tous les élus, membres de son Corps indissociables de lui désormais. Comme l’a dit François Varillon : « Nos morts sont en Dieu, et Dieu est en nous. »[18] Certes, nous aimerions sentir la présence de nos chers défunts, et le Seigneur permet parfois que nous la sentions. Mais habituellement nous sommes invités à les rejoindre dans la foi, en attendant de les retrouver, à notre mort, dans la claire vision.

 

Que pouvons-nous faire pour notre père défunt ?

Tout d’abord et principalement l’aimer. Cela va de soi pour ceux qui ont eu une bonne relation avec lui de son vivant. Mais pas pour ceux à qui il a manqué, et encore moins pour ceux qu’il a gravement offensés.

 

L’aimer, c’est désormais entrer dans le regard d’amour de Dieu pour lui. S’il est en purgatoire, l’amour de Jésus le purifie de plus en plus, et lui-même, corollairement, nous aime de plus en plus : il ne nous veut désormais que du bien. Demandons à l’Esprit Saint, par le don de science, de nous aider à voir désormais notre père comme le Père le voit, et, par le don de piété, de nous remplir de miséricorde pour lui, de la miséricorde du Père manifestée par Jésus.

 

Le Seigneur nous demande de l’honorer (quatrième commandement). « Il demande de rendre honneur, affection et reconnaissance aux aïeux et aux ancêtres. »[19]

 

Même si ceux-ci ont commis des actions exécrables, ils ne sont pas le Mal personnifié. Ils ont sûrement fait quelque chose de bien sur cette terre, ne serait-ce qu’en donnant la vie à leur enfant et en lui permettant ainsi de devenir enfant de Dieu. Parfois des personnes qui ont été très blessées par leur père retrouvent un témoignage attestant qu’il les a aimées : par exemple une lettre, ou une anecdote rapportée par quelqu’un qui l’a connu.

 

Si cela n’a pas encore été fait, le moment est venu de vivre les pardons mutuels. Nous avons vu combien c’est important, pour nous d’abord, mais aussi pour notre père. Remettons-lui toute sa dette, et pardonnons-lui du fond du cœur tout le mal qu’il nous a fait.

 

Le Père B. Bastian a souvent été témoin des fruits merveilleux de ce pardon : « Je vis en confession de très beaux moments lorsque des personnes blessées par un défunt manifestent le désir de lui pardonner. Je leur dis : Aujourd’hui est un jour de libération. Non seulement vous vous êtes libérés vis-à-vis de l’offenseur, mais vous avez libéré l’offenseur. Vous vous êtes déliés l’un de l’autre d’un lien mortifère qui vous empêchait d’évoluer dans la vie et d’être pleinement heureux. »[20]

 

Mais le P. Bastian ajoute que nous avons aussi un pardon à demander. En effet, si nous n’avons pas aimé notre père, fût-il devenu notre ennemi (cf. Mt 5,44), si nous avons eu de la rancune, voire de la haine contre lui, nous avons péché contre le Père et contre lui. Nous devons donc demander pardon à notre père pour nos manques d’amour, sûrs qu’il nous a déjà pardonné, vu qu’il est en purification par l’Amour.

 

Nous pouvons exprimer cette demande de pardon dans le sacrement de réconciliation, puis vivre l’Eucharistie. Il y est fait mémoire de nos défunts : prions alors pour notre père ; au moment du baiser de paix, échangeons cette paix avec lui en signe de notre réconciliation ; puis, au moment de la communion, accueillons son amour dans notre cœur : comme le Père de la parabole, notre père nous prend alors dans ses bras en pleurant, et nous dit les mots d’amour qu’il n’a pas su nous dire ici-bas : « Tu es mon fils/ma fille bien-aimé(e), et je t’aime pour l’éternité. J’ai confiance en toi : sois libre et heureux/heureuse désormais. »

 

Cette réconciliation avec notre père est très libératrice et source d’une grande joie. C’est ce qu’a vécu Véronique, que sa mère n’avait pas désirée, et que son père, extrêmement brutal quand il avait bu, avait terrorisée. « Dès le début de la démarche de libération intérieure, les émotions remontèrent avec force, particulièrement une douleur affective liée au non-désir de sa mère et au climat de violence paternelle. Puis la tristesse la submergea. Une prière ecclésiale, au cours de laquelle elle déposa devant Dieu tout ce qu’elle avait vécu, la délivra totalement de sa tristesse et de sa peur. Le changement fut radical : elle dansa le soir même, seule, dans sa chambre. Elle retrouvait enfin cette joie qu’elle ne connaissait plus. La nuit suivante, elle rêva que le couloir de sa chambre était allumé, et que son père (décédé depuis) marchait de long en large, puis qu’il s’arrêta devant sa porte et frappa. Elle se réveilla dans une joie extraordinaire, convaincue que le pardon envers son père et la réconciliation avec lui devenaient effectifs. »[21]

 

L’Eucharistie est le lieu privilégié de la communion avec notre père défunt, parce que le ciel et la terre s’y rencontrent en la personne du Christ ressuscité. Comme Jésus y actualise son sacrifice rédempteur, grâce auquel nous sommes pardonnés et sauvés, l’Église nous invite à offrir des messes pour nos défunts en purification, « afin qu’ils puissent entrer dans la lumière et la paix du Christ. (…) En présentant à Dieu nos supplications pour ceux qui se sont endormis, fussent-ils pécheurs, (…) nous présentons le Christ immolé pour nos péchés, rendant propice pour eux et pour nous, le Dieu ami des hommes. »[22]

 

C’est dans cet esprit que doivent être célébrées les Eucharisties pour la guérison des racines familiales. Dans le mystère de la communion des saints, tout progrès dans la purification de notre père défunt ne peut qu’entraîner un bienfait spirituel pour nous, ses enfants, et pour toute notre famille.

 

Si nous pouvons participer quotidiennement à l’Eucharistie, nous prions pour notre père tous les jours au mémento des défunts : « Dieu tout-puissant, souviens-toi de tes serviteurs (N.) qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix… Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté : qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière. »[23]

 

Rien ne nous interdit de reprendre cette formulation dans notre prière quotidienne. Tous les matins, il est bon que nous priions pour nos parents défunts et sollicitions leur intercession pour notre famille. Nous pouvons aussi faire nôtres les prières pour les âmes du purgatoire. Par exemple celle du sanctuaire de Montligeon : « Notre-Dame Libératrice, prends en pitié tous nos frères défunts qui sont en purgatoire, spécialement ceux de notre famille, et ceux qui ont le plus besoin de la miséricorde du Seigneur. Intercède pour tous ceux qui nous ont quittés, afin que s’achève en eux l’œuvre de l’amour qui purifie. Que notre prière, unie à celle de l’Église, leur obtienne la joie qui surpasse tout désir, et apporte ici-bas consolation et réconfort à nos frères éprouvés ou désemparés devant leur mort. (…) »[24]

 

On peut encore reprendre le chapelet de la Miséricorde : « Père éternel, je t’offre le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés – ceux de mon père et les miens – et de ceux du monde entier. Par sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier. Dieu Saint, Saint Fort, Saint Immortel, prends pitié de nous et du monde entier. Jésus, j’ai confiance en toi ! »[25]

 

Nous pouvons offrir l’Eucharistie pour notre père, prié pour lui quotidiennement ; « l’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. »[26]

 

Dans son chapitre sur le sacrement de pénitence, le CEC explique en quoi consistent les indulgences. Je renvoie à ce passage[27], et me contente de donner ici deux témoignages.

 

Le premier concerne ma relation à mon père. J’ai eu la grâce de lui pardonner en 1978, et ce fut le début d’un chemin de guérison intérieure qui se poursuit depuis. Mon père est mort en 1995. En 2000 je vivais une session à Paray-le-Monial, cité du Cœur de Jésus et de la Miséricorde. Grâce à une petite plaquette très bien faite de la communauté de l’Emmanuel, j’ai compris qu’en cette année jubilaire de la Rédemption, je pouvais demander l’indulgence plénière pour mon père, et m’y suis donc préparé.

 

Un matin, le P. Descouvemont donnait un enseignement sur les parents de Thérèse de Lisieux. Quand il a parlé de son père, j’ai commencé à être très touché. Peu après, l’Eucharistie a commencé, et, pendant une bonne partie de celle-ci, j’ai été comme transporté hors de moi. Il me semblait que le ciel s’ouvrait pour accueillir mon père, et j’en étais bouleversé. Mes larmes coulaient, mais une joie paisible m’habitait. Depuis, j’ose croire que mon père est dans la gloire du ciel, et je sais qu’en moi, très profondément, des obstacles qui m’entravaient encore sont tombés. En outre, peu après, j’ai demandé, par l’intercession de mon père, une grâce pour un membre de ma famille, et cette grâce lui a été accordée. La miséricorde du Seigneur à jamais je la chanterai !

 

L’autre témoignage est celui de Tim Guénard. C’est sa femme, Martine, qui le donne : « 8 décembre 2007 : fête de l’Immaculée Conception, ouverture du Jubilé de Lourdes. (…) Avec mon mari, nous faisons la démarche de demander la grâce de l’indulgence plénière. Je la fais pour mon beau-père qui a beaucoup fait souffrir mon mari dans sa petite enfance[28], au point d’être déchu des droits paternels. »

 

Peu après, Tim donnait un témoignage dans une école. A la fin, Daniel est venu le voir, très ému, et lui a dit : « J’ai connu votre père. Il m’a dit : « Je suis foutu, j’ai mal aux jambes, je ne peux plus marcher, je ne suis bon à rien. Je regrette le mal que j’ai fait à mon fils. » Tim a trouvé cette nouvelle « si énorme, inimaginable et bouleversante » qu’il n’en a pas parlé à sa femme ; mais il a invité Daniel à passer chez lui.

 

En février 2008, Daniel est venu chez les Guénard, et a raconté sa rencontre avec le père de Tim. Martine témoigne : « J’étais bouleversée, faisant immédiatement dans mon cœur, pendant que Daniel parlait, le lien entre sa démarche et ma demande du 8 décembre ! Le père de Tim était enfin libéré totalement de ses péchés, et, la grâce se déployant sur leurs conséquences, il a pu, parvenu dans le plein Amour, envoyer un messager à son fils pour lui dire : « Je te demande pardon ! »

 

« Autre grâce : cinq jours avant la venue de Daniel, notre fils de vingt-cinq ans a confié pour la première fois à son père qu’il faisait des recherches sur son grand-père. J’ai donc demandé à Daniel s’il voulait bien parler à notre fils. L’échange s’est fait par téléphone. »[29]

 

Béni soit notre Père : dans son infinie miséricorde il restaure les relations blessées, dans le temps, ici-bas et même par-delà la mort ! Il a accueilli le père de Tim parce que celui-ci s’était repenti du mal fait à son fils, et il restaure cette famille qui croit vraiment, comme Tim l’a écrit, que l’amour est plus fort que la haine[30]. Dieu seul peut réaliser une œuvre si grande ; et remarquons, dans le cas présent, que l’indulgence a été accordée à Lourdes. La Vierge Marie, notre mère, ne cesse d’intercéder pour nous et de nous conduire au Père riche en miséricorde (Ep 2,4).

 

Au ciel nous retrouverons notre père

Certes, nous ne pouvons exclure à priori que notre père ait refusé Dieu et soit en enfer ; mais il faudrait qu’il ait été un monstre, et j’ose espérer que ce cas soit tout-à-fait exceptionnel.

 

Lorsque nous vivrons notre pâque, peut-être notre père sera-t-il encore en purification ; peut-être sera-t-il au ciel. Dans les deux cas, il nous accueillera avec amour.

 

Quand nous quitterons cette terre, notre âme connaîtra son jugement particulier. La majorité d’entre nous, sans doute aurons-nous besoin d’un temps de purification pour que nous soyons capables de voir Dieu, et lui devenions totalement semblables, dans l’Amour (cf. 1 Jn 3,2). Purifiés par le Christ, devenus semblables à lui, nous serons alors, par lui, avec lui et en lui, en communion parfaite avec notre Père et avec l’Esprit Saint. Alors nous serons heureux pour l’éternité.

 

En outre, dans le Christ, nous serons en communion parfaite avec tous les saints : avec Marie, notre mère ; avec tous les saints fêtés dans l’Église, dont nos saints patrons ; mais aussi avec tous les saints anonymes, à commencer par ceux de notre famille, et donc avec nos parents devenus saints.

 

Alors notre relation avec notre père sera transformée. A notre mort, sa mission de père sera terminée. Il avait pour vocation de nous révéler le Père, par sa parole et par son exemple. Or au ciel nous verrons le Père : nous n’aurons plus besoin de quelqu’un pour nous le manifester ! En Jésus nous serons tous frères – ce que nous sommes déjà, d’ailleurs, de par notre baptême.

 

Ici-bas, l’amour peut prendre plusieurs formes : amour filial, amour d’amitié, amour conjugal, amour paternel ou maternel ; mais l’amour de Dieu les surpasse et les englobe toutes. Au ciel nous verrons donc la transfiguration de tous les amours humains, et nous entrerons dans cette plénitude d’Amour que vit Dieu, car il est l’Amour (1 Jn 4,8). Et ce sera en même temps une plénitude de vie, de lumière, de paix, de joie… pour l’éternité.

 

« A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Alors les justes régneront avec le Christ pour toujours, glorifiés en corps et en âme, et l’univers matériel lui-même sera transformé. Dieu sera alors tout en tous 1 Co 15,28), dans la vie éternelle. »[31]

 

[1] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance 47

 

[2] Ibid. 45

 

[3] CEC n° 2281

 

[4] CEC n° 2282-2283

 

[5] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance 47 ; le texte original est à la première personne

 

[6] Conférence des Évêques de France, Note doctrinale n° 6 sur la guérison des racines familiales par l’Eucharistie.

 

[7] Par exemple Dr. Kenneth McAll, Généalogie et Eucharistie, Ed. Bénédictines ; P. John Hampsch, La guérison de vos racines familiales, Ed. Bénédictines

 

[8] CEC 958

 

[9] Sr Marie-Faustine Kowalska, Petit Journal 58

 

[10] in Dossier de Famille Chrétienne : Les chrétiens et l’au-delà, janvier 2004, p. 21       

 

[11] Philippe Madre, Guérison et exorcisme, comment discerner ? p. 176

 

[12] CEC n° 2116-2117

 

[13] cf. P. Georges Morand, Guide Totus de l’occultisme, Deuxième partie, ch. 2 : le spiritisme

 

[14] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance, 48

 

[15] CEC 1475

 

[16] Ibid.

 

[17] Benoît XVI, Sauvés dans l’Espérance 48               

 

[18] In Famille Chrétienne n° 1364 : Les chrétiens et l’au-delà, p. 14

 

[19] CEC n° 2199 ; cf. ch. II 6 : Honore ton père et ta mère

 

[20] In Famille Chrétienne n° 1364 p. 16       

 

[21] In Bernard Dubois et Daniel Desbois, La libération intérieure, p. 264

 

[22] CEC n° 1371

 

[23] Prière Eucharistique I

 

[24] C’est moi qui ai ajouté les mots en italique.

 

[25] Sr Marie-Faustine Kowalska, Petit Journal 476

 

[26] CEC n° 1032

 

[27] CEC n° 1471 à 1479

 

[28] cf. ch. VI 3 : les défaillances par rapport à l’autorité (note 79)

 

[29] Martine Guénard in Chemins d’éternité (revue du sanctuaire de Montligeon) n° 235 p.20

 

[30] Titre du livre de T. Guénard aux éditions Presses de la Renaissance.

 

[31] CEC n° 1060