Chapitre VIII - LE PÈRE EST FIDÈLE
  • Le père de la terre est appelé à la fidélité.

 

Le fondement de cet appel : le sacrement de mariage

Le Père est éternellement fidèle à ses enfants. Comme le père tient de lui sa paternité, il est appelé lui aussi à la fidélité, et, pour la vivre, il reçoit la grâce du sacrement du mariage. Jean-Paul II l’affirme : « Enracinée dans le don plénier et personnel des époux, et requise pour le bien des enfants, l’indissolubilité du mariage trouve sa vérité définitive dans le dessein que Dieu a manifesté dans sa Révélation : c’est Lui qui veut et qui donne l’indissolubilité du mariage comme fruit, signe et exigence de l’amour absolument fidèle que Dieu a pour l’homme et que le Seigneur Jésus manifeste à l’égard de son Église. »[1]

 

Le CEC résume ainsi le paragraphe suivant : « Le motif le plus profond (de la fidélité des époux) se trouve dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. Par le sacrement de mariage les époux sont habilités à représenter cette fidélité et à en témoigner. Par le sacrement, l’indissolubilité du mariage reçoit un sens nouveau et plus profond. »[2]

 

Et Jean-Paul II de conclure : « Le don du sacrement est pour les époux chrétiens une vocation – en même temps qu’un commandement – à rester fidèles pour toujours, par-delà les épreuves et les difficultés, dans une généreuse obéissance à la volonté du Seigneur : Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer (Mt 19,6). »[3]

 

Malheureusement, aujourd’hui, un grand nombre de couples divorcent, et beaucoup de pères démissionnent alors de leur responsabilité vis-à-vis de leurs enfants. Pourtant ils restent pères par-delà la séparation et le divorce.

 

Le P. Olivier Bonnewijn, professeur d’éthique à Bruxelles, le leur rappelle et leur donne de précieux conseils.[4] Interviewé par Famille Chrétienne il affirme : « Après le divorce, le père et la mère peuvent être d’excellents parents. (…) Une grâce d’état est donnée à chacun, adaptée aux diverses circonstances de sa vie. Tout parent qui aime vraiment son enfant, qui veut son bien, est en principe capable d’assumer sa mission éducative. En outre, pour le chrétien séparé – et même s’il a contracté une autre union -, la grâce sacramentelle de son mariage agit toujours puissamment dans l’éducation de ses enfants. En les aimants, en étant profondément attentif à leur maturation humaine et spirituelle, il demeure, sous cet aspect, un signe réel de l’amour indéfectible du Christ et de l’Église. »

 

Le P. Bonnewijn reconnaît que l’harmonie éducative n’existe pas toujours entre les parents divorcés. Comment éviter que l’enfant en soit troublé ? « Si l’éducation que l’autre donne paraît néfaste (coucher tard, films inappropriés), il convient certes d’être critique au sens positif du terme, et d’en parler avec son enfant, tout en demeurant sous le regard de Dieu, sans jamais condamner la personne même du conjoint. (…) Au-delà des divergences d’options éducatives, un parent séparé peut être tenté de détruire l’image de son conjoint dans le cœur de son enfant. Mais il est appelé à éviter cette attitude négative par amour pour celui-ci. Honore ton père et ta mère afin d’avoir une longue vie sur la terre, enseigne le décalogue. Pour le parent séparé, cela signifie : Honore le père ou la mère de ton enfant, afin que ce dernier ait une longue vie sur la terre. Ne transforme pas son cœur en champ de bataille. Ce serait empoisonner l’une des sources de la vie pour ton enfant, et donc l’empoisonner lui-même. »

 

Dans son livre, le P. Bonnewijn donne sept repères éthiques très concrets pour aider les parents divorcés dans leur mission éducative. Et pour finir il souligne le rôle crucial de la foi : « Au même titre que toute relation humaine, l’éducation a besoin d’être relevée et sauvée par Dieu. Comment Dieu le Père, en Jésus-Christ son fils unique, exerce-t-il sa paternité envers tout enfant en général, et envers celui qui souffre du divorce en particulier ? Dans le Christ, tout enfant est choisi, adopté, élu par le Père. Il reçoit une relation privilégiée avec lui. Il est appelé à devenir toujours davantage son enfant. Animé par l’Esprit, il peut s’écrier Père, Papa. En toute quiétude il peut se reposer sur cette paternité divine d’où toute paternité tire son nom. Cette paternité de Dieu ne fera jamais défaut. Elle soutiendra toujours l’enfant. Elle l’aidera à se construire et à se structurer, à découvrir et à inventer son identité, à déployer sa liberté. »[5]

 

Une fidélité qui se vit différemment au fil du temps

 

Lorsque l’enfant vient de naître, l’amour du père prolonge celui de la mère, et se manifeste par la douceur et la tendresse : J’étais comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. (Os 11,4)[6]

 

Puis, au bout de quelques mois, le rôle du père devient essentiel. Il apprend à marcher à son enfant en le tenant par les bras (cf. Os 11,3), physiquement, mais aussi moralement et spirituellement : c’est à lui principalement qu’il revient d’incarner la loi et d’inculquer les valeurs. Il a autorité pour amener l’enfant à les accepter et à les intégrer.[7] L’enfant construit ainsi les bases de sa personnalité avant six ans[8], et l’attitude de son père est déterminante pour l’y aider.

 

Lorsqu’arrive l’adolescence, l’enfant entre dans une période de grande turbulence, et y entraîne ses parents. Le père ne peut plus exercer son autorité comme précédemment. Quand l’enfant est jeune, pour son bien le père peut, et même doit imposer sa manière de voir quand celle-ci est fondée et juste. Mais à l’adolescence il lui faut peu à peu s’effacer pour permettre à son enfant de devenir lui-même. Exercer l’autorité, étymologiquement c’est favoriser la croissance de l’autre. Pour que le jeune plant puisse grandir, il faut que le tuteur se retire progressivement. Cela demande beaucoup de prudence, de discernement et d’abnégation. Le père ne peut plus, ne doit plus imposer sa manière de voir (sauf si le jeune met en danger sa vie ou celle des autres !) ; Il doit faire confiance à son jeune qui grandit, l’autoriser à faire des erreurs, et prier l’Esprit Saint de le guider.

 

A l’adolescence, le père exerce son ministère auprès de son enfant en le conseillant.
Le P. M.-D. Philippe l’y exhorte : « C’est peut-être une des choses les plus difficiles pour les parents d’accepter de prendre un peu de recul. (…) Une autorité paternelle miséricordieuse doit accepter, à un moment donné, de s’effacer pour laisser l’enfant prendre des initiatives ; le rôle du père est alors de seconder celles-ci au lieu de les arrêter, pour fortifier l’enfant dans ses initiatives. Car s’il s’y oppose tout de suite, il risque de faire beaucoup de mal à la petite plante qui pousse. Il doit au contraire être là pour l’aider dans ses premiers choix, dans le choix de ses amis, puis dans le choix de l’orientation de sa vie. (…) Il faut comprendre que le choix de l’ami est un choix tout à fait personnel, et qu’il est terriblement déplaisant de voir quelqu’un intervenir directement. Mais le père doit être là pour donner un conseil. »[9]

 

A cet âge, l’enfant va subir toutes sortes d’influences autres que celles de la famille, à l’école et dans la société. Jean-Paul II ne l’ignore pas : « L’adolescent rencontre de nouvelles personnes et de nouveaux milieux, en particulier les enseignants et les camarades de classe, qui exercent sur sa vie une influence qui peut se montrer éducative ou anti-éducative. A cette étape, il se détache, dans une certaine mesure, de l’éducation reçue dans sa famille et prend parfois une attitude critique à l’égard de ses parents. Mais (…) même en se transformant et en prenant sa propre orientation, le jeune continue à rester intimement lié à ses racines existentielles. »[10]

 

A cet âge, le jeune se détourne le plus souvent de l’Église, et met en sommeil la foi de son enfance. (Ce qui n’empêche pas le succès de rassemblements ponctuels comme les JMJ.) Le père, si tant est qu’il ait essayé de la lui transmettre jusque là, peut être tenté alors d’y renoncer. Jean-Paul II lui demande de ne pas baisser les bras. « Le ministère d’évangélisation et de catéchèse qui incombe aux parents doit accompagner la vie des enfants, y compris pendant leur adolescence et leur jeunesse, lorsque ceux-ci contestent ou rejettent carrément la foi chrétienne reçue dans les premières années de leur vie. De même que, dans l’Église, le travail de l’évangélisation ne s’effectue jamais sans souffrance pour l’apôtre, de même, dans la famille chrétienne, les parents doivent affronter avec courage et grande sérénité d’âme les difficultés que leur ministère d’évangélisation rencontre parfois auprès de leurs propres enfants. »[11]

 

Dans le domaine de la foi plus que dans tout autre le père doit respecter la liberté de son adolescent et se garder de lui imposer quoi que ce soit. Il doit d’abord lui donner le témoignage d’une vie de foi épanouie, et l’aider à trouver les lieux et groupes où le jeune pourra vivre sa foi en compagnie d’autres jeunes, avec un mode d’expression (notamment musical) adapté à sa sensibilité.

 

Enfin, « en devenant adultes, les enfants ont le devoir et le droit de choisir leur profession et leur état de vie. Ils assumeront ces nouvelles responsabilités dans la relation confiante à leurs parents dont ils demanderont et recevront volontiers les avis et les conseils. Les parents veilleront à ne contraindre leurs enfants ni dans le choix d’une profession, ni dans celui d’un conjoint. Ce devoir de réserve ne leur interdit pas, bien au contraire, de les aider par des avis judicieux, particulièrement quand ils envisagent de fonder un foyer. »[12]

 

Un père qui impose à son enfant son métier ou son conjoint outrepasse ses droits, et cela se termine parfois tragiquement. J’ai rencontré un jour un homme assez jeune à qui son père avait imposé de devenir dentiste alors qu’il souhaitait exercer un autre métier : cet homme était profondément dépressif et drogué par les médicaments.

On m’a raconté aussi l’histoire d’une jeune fille qui aimait un jeune homme avec lequel elle s’entendait bien. Mais son père l’a forcée à rompre cette relation pour épouser quelqu’un qui avait un beau métier. Quelque temps après, cette jeune femme s’est suicidée ! Dans ces deux cas, l’autoritarisme des pères s’est avéré destructeur pour leurs enfants.

 

Si le père a su garder avec son enfant une relation basée sur la confiance et l’amour, il pourra alors l’accompagner dans les multiples épreuves qu’un jeune, aujourd’hui, peut traverser : difficulté à trouver un emploi, chômage ; difficulté à trouver un logement ; problèmes financiers ; problèmes de santé ; difficultés de couple, aboutissant souvent à une séparation ; problèmes des petits-enfants, etc. Si son père sait l’écouter sans le juger, et le conseiller sans rien imposer, le jeune viendra vers lui, et trouvera ainsi une aide précieuse pour passer les caps difficiles et surmonter les problèmes de la vie.

 

Il faut au père beaucoup de sagesse et d’abnégation pour vivre l’amour et la vérité face au mode de vie et aux choix des jeunes adultes actuels imprégnés de l’esprit du monde. Beaucoup abandonnent la pratique religieuse ; semblent renier leur foi ; adhèrent parfois à une autre religion (hindouisme, islam…) ou à une autre religiosité (Nouvel Age, spiritualités orientales…) ; certains même se laissent embrigader dans des sectes…

Le père attaché au sacrement de mariage et à la vision chrétienne de la famille voit souvent ses enfants vivre comme la majorité des jeunes aujourd’hui : union libre, PACS, divorce, remariage… Les jeunes couples recourent assez systématiquement à des modes de contraception réprouvés par l’Église, voire à l’avortement ; ou, si nécessaire, à des modes de fécondation artificielle qui posent des problèmes éthiques. Certains pères sont confrontés à l’homosexualité de leur enfant…

 

Le père doit à la fois accueillir ses enfants, et leur faire connaître la volonté de Dieu dans toutes ces situations, en s’aidant pour cela du CEC, par exemple. Mais il ne peut le faire qu’avec humilité, non comme un pharisien sûr de sa vérité, mais comme un serviteur qui suit le Christ, chemin, vérité et vie (Jn 14,6), et qui veut le vrai bonheur de ses enfants.

 

Une fidélité à toute épreuve : face au handicap et au deuil

Jean-Paul II le rappelait : « Le don du sacrement est pour les époux chrétiens une vocation – en même temps qu’un commandement – à rester fidèles pour toujours, par-delà les épreuves et les difficultés. »[13] C’est bien à cela que s’engagent les époux au moment de l’échange des consentements.

 

Cet engagement vaut aussi pour le père. Lorsqu’on conçoit un enfant, on rêve qu’il soit beau, en bonne santé, intelligent, sage et docile, sportif, artiste… Et on lui souhaite tout ce que l’on n’a pas reçu soi-même. Malheureusement la réalité se montre parfois cruelle et ne suit pas nos désirs les meilleurs.

 

Certains parents – j’en suis - se trouvent confrontés dès la naissance au handicap de leur enfant. Celui-ci peut être évident (malformation, mongolisme…) ou se manifester progressivement (handicap mental plus léger, épilepsie, surdité, etc.). Que ce handicap soit léger ou important, c’est évidemment un choc pour les parents, et, pour les chrétiens, une mise à l’épreuve de leur foi.

 

Par-delà l’incompréhension et la révolte, le père puise dans son amour – un amour vrai, qui veut le bien de l’autre et pousse à se dévouer pour lui – la capacité d’accepter son enfant, puis de l’accompagner durant toute sa vie pour l’aider à assumer son handicap et, autant que possible, à le surmonter.

 

Il peut trouver de nombreuses aides dans la société civile : auprès des médecins, des centres spécialisés, des associations qui se sont créées autour de chaque forme de maladie ou de handicap, et qui font preuve d’un dévouement admirable. La société a progressé dans le sens d’une meilleure prise en charge de toute forme de handicap : dans chaque département il existe une maison du handicap qui donne tous les renseignements sur ce qui existe en ce sens. Mais, reconnaissons-le, tout cela reste encore insuffisant par rapport aux immenses besoins !

 

Le père chrétien, par la grâce du sacrement de mariage, devient capable d’aimer son enfant comme le Père l’aime. Aux yeux de celui-ci, un enfant handicapé vaut plus que tout l’or du monde ! Jésus a manifesté à quel point Dieu aime ceux qui souffrent. La maladie et le handicap sont des conséquences du péché du monde que Jésus est venu vaincre.[14] « La compassion du Christ envers les malades et ses nombreuses guérisons d’infirmes de toute sorte (cf. Mt 4,24) sont un signe éclatant que Dieu a visité son peuple (Lc 7,16) et que le Royaume de Dieu est tout proche. (…) Sa compassion envers tous ceux qui souffrent va si loin qu’il s’identifie avec eux : J’ai été malade et vous m’avez visité (Mt 25,36). »[15]

 

Jésus, par l’Esprit Saint, donne au père de participer à sa compassion pour l’enfant malade ou handicapé. Celui-ci, créé à son image, reste une merveille à ses yeux, et a vocation à recevoir toutes les bénédictions de Dieu, à devenir un enfant bien-aimé du Père. Il reçoit ces grâces au baptême, puis particulièrement dans le sacrement des malades institué à cet effet.[16]

 

Le père et son enfant trouvent un soutien dans l’Église qui incarne aujourd’hui la compassion du Christ, et qui a une option préférentielle pour les pauvres, les malades et les petits. « Selon la foi et la raison, affirme Benoît XVI, on ne peut réduire la dignité de la personne aux facultés et aux capacités qu’elle peut manifester ; par conséquent celle-ci ne disparaît pas lorsque la personne elle-même est faible ou invalide. »[17]

 

Dans chaque diocèse, la pastorale de la santé promeut ou coordonne toutes les actions en faveur des malades et handicapés, et fournit la liste des associations existantes. Celles-ci sont nombreuses, mais les personnes confrontées à la maladie ou au handicap souhaiteraient être encore davantage épaulées, tant la charge est lourde pour certains.

 

L’épreuve de la maladie ou du handicap se présente souvent dès la naissance de l’enfant ; elle peut survenir aussi malheureusement à tout âge, après une maladie ou un accident.

 

Une autre forme de handicap se manifeste à l’école, entraînant des difficultés scolaires. Celles-ci peuvent être dues à un dysfonctionnement du cerveau (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie…), ou a des capacités intellectuelles moindres. L’Éducation Nationale cherche des solutions pour aider les élèves en difficulté, mais les moyens restent toujours en-deçà des besoins, et sont incapables de mettre à égalité tous les élèves. Se pose ensuite le problème de l’intégration dans la société de ceux qui ont un faible niveau de qualification ou qui sont sans diplôme. Ce n’est pas simple, nous le savons !

 

D’autres problèmes surgissent, particulièrement à l’adolescence, ceux des addictions : alcool, et surtout drogue. Dans beaucoup de cas, heureusement, leur consommation est limitée et passagère : après une certaine période, le jeune qui entre dans le monde du travail et qui commence une liaison amoureuse, réduit, voire supprime sa consommation. Mais il y a des cas où, au contraire, il s’enfonce, devient dépendant, et parfois se détruit. C’est une souffrance terrible pour les parents d’être témoins impuissants de cette descente aux enfers. Puissent-ils trouver auprès de médecins, de psychologues, d’associations, un soutien moral ainsi qu’un éclairage pour comprendre la situation et garder l’espoir d’une amélioration. Le père chrétien, quant à lui, dans la communion au mystère pascal du Christ, reçoit de l’Esprit Saint la force nécessaire pour traverser une telle épreuve, dans l’espérance qu’elle débouche sur la restauration et la guérison de son enfant.[18]

 

Enfin, certains pères sont frappés, avec leur épouse, par l’épreuve terrible de la mort d’un enfant. Ce peut être à la naissance… Quand l’enfant est petit (mort subite du nourrisson, maladie, accident…) …Ou plus tard (maladie, accident de la circulation, voire suicide)…Je me tais devant une si grande douleur, et exprime toute ma compassion à ceux qui l’ont éprouvée. La mort d’un enfant est le scandale absolu. On connaît bien ce passage de La peste où Albert Camus évoque la mort d’un enfant victime de cette épidémie, et y voit un argument contre la bonté du Créateur. Beaucoup alors, révoltés, se détournent de celui-ci.

 

D’autres, dans leur malheur, se tournent vers le Seigneur. Que le Père des cieux, qui a vu son Fils mourir sur la croix, et la Vierge Marie, qui a reçu dans ses bras le corps sans vie de Jésus, les aident à traverser cette épreuve grâce à leur amour, qui est plus fort que la mort, et dans l’espérance d’un bonheur éternel de leur enfant auprès de Dieu.

 

Dans toutes ces épreuves, plus ou moins lourdes certes, mais génératrices de tant de souffrances, d’autant plus qu’elles durent toute la vie, le père et la mère, parce qu’ils sont limités, blessés et pécheurs, ne peuvent s’en sortir seuls. Certains puisent dans leur amour la force de garder confiance en leur enfant, et, même s’ils ne sont pas croyants, Dieu les aide à leur insu. Mais beaucoup défaillent devant l’épreuve : des couples éclatent ; des pères abandonnent leur épouse et leur enfant handicapé…

 

S’ils sont croyants, que les parents prennent appui, par la grâce du sacrement de mariage, sur l’amour infini et la fidélité éternelle du Père. Celui-ci n’abandonnera jamais ses enfants. Bien plus, assure saint Paul avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien ! (Rm 8,28)

 

Poursuivons donc notre pèlerinage sur la terre avec cette certitude que Dieu est avec nous, ainsi qu’avec nos enfants, et qu’à la fin son amour triomphera de tout ce qui y fait momentanément obstacle.

 

Quand le père vieillit

Le père a en charge ses enfants jusqu’à ce qu’ils trouvent un travail et puissent s’assumer financièrement. La plupart fondent alors une famille, et le père devient grand-père. Son amour paternel se reporte sur ses petits-enfants, et il peut beaucoup leur apporter, à condition qu’il reste à sa place et respecte celle de son enfant devenu parent à son tour. Par contre, si son fils ou beau-fils est défaillant et va jusqu’à abandonner ses enfants, il peut, à titre de compensation, jouer un rôle encore plus important pour ses petits-enfants.

 

Sa famille s’agrandit, et, vu l’allongement de la durée de la vie, sans doute a-t-il la joie de connaître même ses arrière-petits-enfants. Mais alors ses forces déclinent peut-être, et notre mode de vie moderne, après l’éclatement de la grande famille d’autrefois qui voyait cohabiter plusieurs générations, et à cause de la dispersion géographique parfois très grande, risque d’entraîner sa marginalisation.

 

Pourtant, affirme Jean-Paul II, les seniors continuent à jouer un rôle dans la famille : « La vie des personnes âgées aide à clarifier l’échelle des valeurs humaines ; elle montre la continuité des générations et est une preuve merveilleuse de l’interdépendance du peuple de Dieu. Les personnes âgées possèdent souvent le charisme de combler les fossés entre les générations avant qu’ils ne soient creusés : combien d’enfants ont trouvé compréhension et amour dans les yeux, les paroles et les caresses des personnes âgées ! »[19]

 

Mais la vieillesse, le Saint-Père le reconnaît, comporte aussi des aspects négatifs : « solitude pesante, plus souvent psychologique et affective que physique, à cause de l’éventuel abandon ou d’une insuffisante attention de la part des enfants ou des membres de la parenté ; souffrance provenant de la maladie, du déclin progressif des forces, de l’humiliation de devoir dépendre des autres, de l’amertume de se sentir peut-être à charge à ceux qui sont chers, de l’approche des derniers moments de la vie. »[20]

 

Il en a toujours été ainsi. C’est pourquoi déjà le sage de l’Ancien Testament exhorte le fils à honorer jusqu’au bout son père : Mon fils, viens en aide à ton père dans sa vieillesse, ne lui fais pas de peine pendant sa vie. Même si son esprit faiblit, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force. Car une charité faite à un père ne sera pas oubliée, et, pour tes péchés, elle te vaudra réparation. Au jour de ton épreuve, Dieu se souviendra de toi. (Si 3,12-15)

 

L’Église ne dit pas autre chose : « Le quatrième commandement rappelle aux enfants, devenus grands, leurs responsabilités envers leurs parents. Autant qu’ils le peuvent, ils doivent leur donner l’aide matérielle et morale, dans les années de vieillesse, et durant le temps de maladie, de solitude et de détresse. Jésus rappelle ce devoir de reconnaissance (cf. Mc 7,10-12). »[21]

 

Quand la santé du père est très dégradée, elle réclame « un respect spécial »[22]. En aucun cas l’euthanasie ne saurait être envisagée : « elle est moralement irrecevable. »[23] Pour les personnes en fin de vie, l’Église recommande les soins palliatifs.

 

Lorsqu’arrive la fin du voyage sur terre, « l’attention et le soin seront accordés aux mourants pour les aider à vivre leurs derniers moments dans la dignité et la paix. Ils seront aidés par la prière de leurs proches. Ceux-ci veilleront à ce que les malades reçoivent en temps opportun les sacrements qui préparent à la rencontre du Dieu vivant. »[24]

 

L’idéal est que le père puisse vivre son ultime moment entouré de ses enfants – cela arrive, j’en ai eu un témoignage récemment -, et qu’alors, comme le vieux Jacob entouré de ses douze fils (cf. Gn 49), il puisse donner à chacun sa bénédiction. Après quoi, sa mission accomplie, il peut être réuni aux siens : à ses pères, Abraham et Isaac (Gn 49,31), et surtout au Père dont il a été pour ses enfants un vivant reflet.

 

[1] Jean-Paul II, La famille chrétienne, 20

 

[2] CEC n° 1647

 

[3] Jean-Paul II, La famille chrétienne, 20

 

[4] P. Olivier Bonnewijn, Parents aux lendemains du divorce, Ed. de l’Emmanuel/Paroles et silence 2010

 

[5] Famille Chrétienne n° 1714 du 20 novembre 2010

 

[6] Cf. ch. IV : Le père aime son enfant, et V : Le père nourrit son enfant

 

[7] Cf. ch. VI : Le père donne la loi et transmet les valeurs.

 

[8] Cf .Fitzhugh Dodson, Tout se joue avant six ans, Ed. Robert Laffont 1972

 

[9] P. M.-D. Philippe, Conférence à Paris le 25 avril 1982

 

[10] Jean-Paul II, Lettre aux familles n° 16

 

[11] Jean-Paul II, La famille chrétienne n° 53

 

[12] CEC n° 2230

 

[13] Jean-Paul II, La famille chrétienne n° 20

 

[14] Cf. CEC n° 1505

 

[15] CEC n° 1503

 

[16] Cf. CEC n° 1499 à 1532 : L’onction des malades

 

[17] Benoît XVI, Angelus du 6 février 2011 ; cf. CEC n° 2447-2448

 

[18] Cf. ch. IV 2 : Un amour humble

 

[19] Jean-Paul II, La famille chrétienne n° 27

 

[20] Ibid. n° 77

 

[21] CEC n° 2218

 

[22] CEC n° 2276

 

[23] CEC n° 2277

 

[24] CEC n° 2299