1. Cela nous a fait du bien d’entendre le Pape François, le 28 juillet 2013, parler avec insistance de miséricorde pour les divorcés. Cela contrastait avec les discours des Papes précédents, beaucoup plus durs !

Certes, et à juste titre, le Pape François ne cesse de prôner la miséricorde pour les divorcés.

Mais, contrairement à l’image caricaturale qu’en donnent parfois les médias, les Papes précédents le faisaient aussi. Par exemple saint Jean-Paul II écrivait en 1981 :

 « La solitude et d'autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s'il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète (…) » (FC 83 § 2)

« Avec le Synode, j'exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu'ils ne se sentent pas séparés de l'Église, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. (…) » (FC 84 § 3)

 

2. Mais Benoît XVI était beaucoup plus strict !

Non. Dans ses interventions, il n’a fait que reprendre et développer les enseignements de saint Jean-Paul II ; et lui aussi est très compatissant. Encore cardinal, il écrivait en 1994 :

 « Les difficultés et les souffrances des fidèles qui se trouvent en situation matrimoniale irrégulière méritent une attention spéciale. Les pasteurs sont appelés, en effet, à leur faire sentir la charité du Christ et la proximité maternelle de l'Église; qu'ils les accueillent avec amour, en les exhortant à se confier à la miséricorde de Dieu (…). » (Lettre de 1994)

 

3. Pourtant souvent l’Église a été dure vis-à-vis des divorcés, surtout remariés, et les a condamnés !

C’est vrai qu’avant Vatican II la société et l’Église étaient plutôt légalistes, et que, à part quelques uns, beaucoup de chrétiens considéraient les divorcés comme des parias, les jugeaient et les condamnaient à tort.

 

4. À tort ? Pourtant l’Église condamne le divorce !

À la suite de Jésus, l’Église condamne le divorce, mais pas les divorcés ! De même que Jésus faisait bon accueil aux pécheurs, l’Église, comme une Mère, considère les catholiques séparés, divorcés et divorcés remariés comme ses enfants bien-aimés, et veut leur salut.

Un jour des pharisiens ont amené devant Jésus une femme adultère (cf. Jn 8,1-11). Fidèles à leur loi, ils la condamnaient et voulaient la lapider ! Or Jésus a dit à cette femme : « Moi je ne te condamne pas ! » et il lui a pardonné son péché « afin que désormais elle ne pèche plus » (Benoît XVI, homélie du 25/3/07)

La première caractéristique de la miséricorde, c’est qu’elle dénonce le péché, mais ne condamne pas le pécheur ! La miséricorde refuse le pharisaïsme de ceux qui se croient justes, et qui condamnent les personnes faibles et pécheresses.

 

5. Alors l’Église va se montrer plus ouverte vis-à-vis des divorcés remariés et, par exemple, les admettre aux sacrements…

Après avoir dit à la femme adultère : « Moi je ne te condamne pas », Jésus ajoute aussitôt : « Va, et désormais ne pèche plus ! » l’Église, comme Jésus, accueille le pécheur, mais rejette le péché ; la deuxième caractéristique de la miséricorde c’est l’appel à la conversion. La vraie miséricorde n’est pas la tolérance de notre société hédoniste qui accepte tout : adultère, divorce, remariage…

L’Église appelle les catholiques séparés, divorcés et divorcés remariés à renoncer à tout ce qui est péché dans leur situation. Par exemple, quand un mariage sacramentel est valide, elle appelle les catholiques séparés et divorcés à ne pas entrer dans une nouvelle union.

 

6. Renoncer aux relations sexuelles et au remariage est impossible à l’homme !

Mais « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37), et Dieu donne à ses enfants la force de vivre ce qu’il demande. C’est la troisième caractéristique de sa miséricorde. Sur la croix Jésus a pris sur lui tous nos péchés, nous en a obtenu le pardon du Père. Au baptême et à la confirmation, il nous a donné l’Esprit Saint pour que nous devenions capables de vivre les exigences de son amour dans la situation qui est la nôtre, quelle qu’elle soit! Mais cela ne se fait pas sans nous : à chacun de faire les investissements spirituels nécessaires pour raviver en lui la force de l’Esprit Saint!

 

7. Pourtant il y a des situations, comme le remariage, qui posent des problèmes insolubles !

Il faut sortir d’une conception des choses binaire et en noir et blanc. Le Christ rejoint chacun là où il en est de son cheminement, et lui propose un chemin de sainteté pour toute sa vie. Et il est très patient, bien plus que nous ! Pour ceux qui vivent des situations compliquées, saint Jean-Paul II parlait d’une loi de gradualité (qui n’est pas la gradualité de la loi : cf. FC 34 § 4). Comprenons bien ce point :

« A l'injustice qui vient du péché - celui-ci ayant pénétré profondément les structures du monde d'aujourd'hui – (…), nous devons tous nous opposer par une conversion de l'esprit et du cœur qui implique de suivre le Christ crucifié en renonçant à son propre égoïsme (…).

Il faut une conversion continuelle, permanente, qui, tout en exigeant de se détacher intérieurement de tout mal et d'adhérer au bien dans sa plénitude, se traduit concrètement en une démarche conduisant toujours plus loin. Ainsi se développe un processus dynamique qui va peu à peu de l'avant grâce à l'intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l'homme. C'est pourquoi un cheminement pédagogique de croissance est nécessaire pour que les fidèles (…), à partir de ce qu'ils ont déjà reçu du mystère du Christ, soient patiemment conduits plus loin, jusqu'à une conscience plus riche et à une intégration plus pleine de ce mystère dans leur vie. » (FC 9)

Retenons bien ces quatre qualités de la vraie Miséricorde :

  • elle ne condamne pas les personnes ;

  • elle demande que l’on rejette le péché ;

  • elle rend possible cette conversion grâce à l’Esprit Saint ;       

  • elle est patiente et nous laisse toute notre vie pour parvenir à la sainteté.