1. Pourquoi l’Église catholique refuse-t-elle d’accorder le sacrement de réconciliation aux catholiques divorcés remariés ? Le remariage est-il le seul péché irrémissible ?

Pour recevoir le pardon de tout péché, un catholique doit éprouver une contrition, c’est-à-dire « une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec la résolution de ne plus pécher à l’avenir » (CEC 1451). Par exemple si quelqu’un, par faiblesse, a commis l’adultère une fois, s’il le regrette sincèrement et a pris la résolution de ne pas recommencer, il peut recevoir le pardon de son péché.

Le problème, en ce qui concerne les catholiques divorcés remariés dont le premier mariage est valide, c’est qu’en se remariant ils se mettent « en situation d’adultère public et permanent » (cf. VIII Q 1-2), et que, en général, ils n’ont pas envie de changer cette situation. C’est pour cela que l’Église ne peut pas leur donner le sacrement de réconciliation.

 

2. Alors ils sont mis au ban de l’Église comme des pécheurs publics. Pourtant Dieu est Miséricorde !

L’Église a des règles qu’elle doit respecter ; mais Dieu seul connaît et juge les cœurs. En ce qui concerne les catholiques divorcés remariés, elle reconnaît que, malgré leur situation objective de péché, certains restent dans la grâce de Dieu :

« Sachant que la conscience est la norme immédiate de l'action, et qu’elle est droite si elle veut le vrai bien et essaie de se régler sur la loi suprême qui est la volonté de Dieu; en nous souvenant de la loi de gradualité, selon laquelle l'homme "connaît, aime et accomplit le bien moral en stades de croissance" (Saint Jean‐Paul II, FC 34); considérant finalement que la responsabilité subjective peut être réduite et parfois même annulée par les pressions intérieures et extérieures, nous pouvons conclure que les comportements désordonnés ne sont pas toujours des péchés mortels et que, parfois, celui qui se comporte objectivement mal peut être dans la grâce de Dieu. (Cardinal Ennio ANTONELLI, Témoigner l’amour sponsal du Christ. Site du Conseil pontifical pour la famille.)

 

3. Cela veut-il dire que, pour recevoir le sacrement de réconciliation, les catholiques divorcés remariés doivent se séparer ?

Tel est l’appel de Jésus, dont les Paroles invitent à des choix radicaux (cf. Mt 5,30), à le préférer à tout lien familial (cf. Mt 10,37) et à prendre sa croix à sa suite (cf. Mt 10,38). Au sujet des catholiques divorcés remariés qui veulent suivre Jésus jusqu’au bout, saint Jean-Paul II parle de « l’obligation de la séparation » (FC 84 § 5), appel repris par le cardinal RATZINGER (Lettre de 1994, § 3), et le cardinal Gerhard L. MÜLLER (Témoignage de 2013).

 

4. Demander de se séparer à des personnes qui ont déjà vécu – souvent douloureusement – une séparation est inhumain !

Le contexte et les motivations ne sont pas du tout les mêmes ! Lors de la première séparation et du divorce, la relation était mauvaise, conflictuelle, parfois terriblement blessante.

Dans le cas présent il s’agit de vivre un plus grand amour.

Amour pour le Christ, premier dans nos vies (cf. Mt 10,37), qui appelle à ce sacrifice.

Amour agapê pour le conjoint du sacrement du mariage avec lequel le lien demeure ;

Amour transformé pour le conjoint du mariage civil : il s’agit de passer d’un amour de type conjugal à un amour d’amitié de type fraternel, qui peut être source de grandes satisfactions.

Mgr LÉONARD remarque que la séparation est généralement plus facile dans les premiers temps de la relation : « Parfois, au début, dans un grand sursaut, on pourrait rompre » (ouvrage cité p. 130).

 

5. Bien peu de catholiques divorcés remariés sont prêts à cette séparation crucifiante, surtout s’ils ont eu des enfants ensemble. Ils ne pourront donc jamais recevoir le sacrement de réconciliation ?

Si, à une condition qu’expose saint Jean-Paul II : « La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui se sont repentis d'avoir violé le signe de l'Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l'indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l'homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par l'exemple l'éducation des enfants -, remplir l'obligation de la séparation, ils prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux. » (FC 84 § 5)

Cette exigence a été rappelée par Benoît XVI (cf. Sacramentum Caritatis 29), et par le cardinal G.-L. MÜLLER (Témoignage de 2013).

 

6. Cet appel à vivre en frère et sœur est bien ingénu à notre époque !

Rien n’est impossible avec la grâce de Dieu ! Beaucoup de catholiques vivent chastement leur solitude (religieux, religieuses, prêtres, vierges consacrées, célibataires « forcés », fidèles séparés ou divorcés non remariés – dont peut-être leur propre conjoint du sacrement de mariage !…). Pour que les catholiques divorcés remariés puissent passer d’un amour de type conjugal à un bel amour d’amitié, il faut qu’ils le veuillent, qu’ils en demandent la grâce – grâce qu’ils peuvent puiser dans leur sacrement du mariage avec leur premier conjoint -, et enfin qu’ils s’efforcent d’y arriver progressivement (c’est la loi de gradualité ; cf. I Q 7). Mgr LÉONARD leur propose ceci :

« Je connais des couples de divorcés remariés qui, après un chemin de conversion, s’engagent avec fruit dans cette voie de la continence.

« Cela suppose, bien sûr, une forte motivation spirituelle et un accord profond dans le couple. (…) Beaucoup seraient capables, fût-ce à partir d’un âge plus mûr, de s’engager progressivement –avec des dérapages occasionnels – dans ce style de vie nouveau, et d’y puiser beaucoup de force pour eux-mêmes et pour tant de couples de chrétiens en situation conjugale irrégulière. J’en connais un certain nombre et j’admire leur sens évangélique et leur amour du Christ par-dessus tout. (…)

« À défaut de pouvoir intégrer d’emblée dans la vie du couple cette dimension de réserve charnelle et affective, au moins pourra-t-on faire place occasionnellement à des gestes de renoncement conjugal attestant du bon propos d’une vie conforme à l’Évangile. La grâce de Dieu aidera progressivement à aller plus loin. » (Ouvrage cité p. 133-134)

Ceux qui parviendront enfin à vivre en frère et sœur pourront alors recevoir les sacrements de réconciliation et d’Eucharistie !