1. Les enfants ne sont-ils pas les oubliés dans ce drame des séparations et divorces ?

Le Pape François, dans sa catéchèse sur la place dans l’Église des personnes divorcées et remariées, le 5 août 2015, a rappelé que « ce sont les petits qui souffrent le plus dans ces situations. Malheureusement, le nombre de ces enfants et de ces jeunes est vraiment grand. Il est important qu’ils sentent que l’Église est une mère attentive à tous, toujours disposée à écouter et à les rencontrer. »

En France, en 2009, 152 000 enfants (âge moyen : 9 ans) ont été confrontés au divorce de leurs parents ! Près de 2 millions vivent partagés entre leur père et leur mère.

Dans les meilleurs des cas, les parents divorcés réussissent à s’entendre pour le droit de garde et de visite, si bien que les enfants souffrent moins de ne plus vivre avec leur père ou leur mère. Mais ils sont déchirés par la séparation de ceux-ci, ont peur d’être abandonnés, de ne plus être aimés, et parfois se sentent coupables de cette séparation : ils ont donc besoin d’être rassurés ! S’ils peuvent voir régulièrement leur parent parti, passer de bonnes vacances avec lui, et profiter de la qualité des moments qu’ils passent ensemble, cela les apaise.

Mais il ne faut pas se leurrer, le plus souvent la tension entre les parents divorcés est importante, et leur relation est marquée par l’agressivité et les rejets mutuels. Dans ce pénible contexte, les enfants peuvent devenir des objets que les parents se disputent, ou bien sont utilisés pour nuire à l’autre. Cette situation déchirante peut durer des années, et le résultat en est une dégradation, parfois importante, de l’équilibre psychoaffectif des enfants.

Dans ce climat de tension, certains enfants refusent de prendre parti ; d’autres, révoltés, rejettent un de leurs parents, surtout leur père, si bien que la moitié d’entre eux ne le voient plus qu’épisodiquement, et le quart d’entre eux plus du tout (chiffres de 2004). Ils deviennent alors, selon l’expression de Jean-Paul II, « des orphelins de leurs parents vivants ». (Lettre aux familles 14) Cette expérience risque d'abîmer très profondément en eux la foi en l'amour pour toujours entre un homme et une femme !

       

2.  Que recommande l’Église aux parents séparés ou divorcés ?

Elle leur rappelle que, par la grâce du sacrement du mariage, ils ont reçu un véritable « ministère » pour éduquer humainement et chrétiennement leurs enfants (cf. FC 38). Même séparés, divorcés, voire remariés, ils peuvent et ils doivent continuer à assumer ce ministère.

Le P. Olivier BONNEWIJN, professeur d’éthique à Bruxelles, le leur rappelle et leur donne de précieux conseils. « Après le divorce, le père et la mère peuvent être d’excellents parents. (…) Une grâce d’état est donnée à chacun, adaptée aux diverses circonstances de sa vie. Tout parent qui aime vraiment son enfant, qui veut son bien, est en principe capable d’assumer sa mission éducative. En outre, pour le chrétien séparé – et même s’il a contracté une autre union -, la grâce sacramentelle de son mariage agit toujours puissamment dans l’éducation de ses enfants. En les aimant, en étant profondément attentif à leur maturation humaine et spirituelle, il demeure, sous cet aspect, un signe réel de l’amour indéfectible du Christ et de l’Église. »

Dans son livre, Parents aux lendemains du divorce (Éd. de l’Emmanuel/Paroles et silence 2010), le P. BONNEWIJN donne sept repères éthiques très concrets pour aider les parents divorcés dans leur mission éducative.

Voici ces sept repères : devenir disponible à son enfant ; dire humblement la vérité à son enfant ; engendrer son enfant à la parole et à la liberté ; lutter contre l’auto-accusation de son enfant ; accorder une juste place à l’enfant ; ne pas détruire le conjoint séparé dans le cœur de l’enfant, et rechercher une certaine concordance éducative.

 

3. Si les parents obtiennent une reconnaissance de la nullité de leur mariage, comment les enfants peuvent-ils vivre cette décision ? Deviennent-ils subitement des enfants illégitimes ?

« Non ! répond le père Jacques VERNAY, official. Ce sont des enfants considérés comme légitimes (c.1137). Ils bénéficient de la présomption de validité du mariage de leurs parents au moment où ils ont été conçus. En outre le droit de l’Église veut que dans tout jugement les conjoints soient avisés des obligations morales et même civiles auxquelles ils peuvent être tenus l’un envers l’autre « et envers leurs enfants en ce qui concerne le devoir de subsistance et d’éducation » (c.1689). » (Père J. VERNAY – Bénédicte DRAILLARD, l’ABC des nullités de mariages catholiques, éditions Nouvelle Cité 2011)

Pour que les enfants vivent bien cette décision, il est important que les parents, au départ, leur expliquent leur démarche, et, en cas de reconnaissance de nullité de leur mariage, les aident à comprendre le sens de ce jugement du point de vue de leurs enfants. Ceux-ci restent de vrais enfants, et leurs parents de vrais parents, qui conservent leur responsabilité de père et de mère. Tout ce qui a été vécu en famille demeure bien réel et, par-delà la séparation, garde toute sa valeur : tout l'amour échangé, les relations familiales tissées au fil des années , les moments de joie vécus entre les parents et les enfants.

 

4. Si des catholiques se remarient, leurs enfants sont-ils reconnus par l’Église ?

Bien sûr ! Baptisés, ces enfants deviennent enfants de Dieu et membres à part entière de l’Église. Ils peuvent participer sans réserve à sa vie et recevoir tous les sacrements.

 

5. Les catholiques divorcés engagés dans une nouvelle union civile ont souvent à gérer la vie commune avec les enfants nés de la première union de leur conjoint. Comment peuvent-ils vivre cette situation délicate ?

Le Père Gérard BERLIET leur donne quatre repères:

Le respect des liens de filiation. Quand on épouse quelqu’un en deuxième noce, ne jamais faire comme si l’on était le père ou la mère d’enfants du 1er mariage qu’on n’a pas conçus.

Un langage vrai sur les liens de filiation. Les enfants et petits-enfants ne doivent pas appeler « papa » ou « papy » le nouveau conjoint de leur mère ou grand-mère. Ils peuvent l’apprécier et l’aimer, mais ils ont aussi un père ou grand-père avec lequel ils ont un lien de filiation que rien ne peut effacer.

Le respect de la filiation jusqu’à une certaine ouverture au père ou à la mère biologique dont ils ont pris la place. Si le premier mariage était valide, les deux parents, même remariés, restent les ministres chargés de l’éducation humaine et chrétienne des enfants. Les chrétiens doivent prendre en compte cette réalité.

Le respect des liens fraternels. Dans les familles dites « recomposées », les parents doivent avoir une vigilance particulière pour aider les enfants des différentes unions à se situer les uns par rapport aux autres. Le demi-frère, la demi-sœur, ne sont pas tout à fait des frères et sœurs ; ils doivent trouver quelle fraternité ils veulent construire les uns avec les autres, tout au long de leur vie. (Cf. P. Gérard BERLIET, Parcours miséricorde et vérité, p. 162 à 166)