LE SACREMENT DU MARIAGE (Ép 5, 21-23)

De même qu’Ève a été donnée par Dieu à Adam pour que celui-ci échappe à la solitude et connaisse une communion d’amour qui reflète la communion au sein de la Sainte Trinité (Cf. Gn 2,18-25), de même l’Église a été donnée comme Épouse au Christ qui l’a rachetée par son sang. « L’Église est née principalement du don total du Christ pour notre salut, anticipé dans l’institution de l’Eucharistie et réalisé sur la Croix. " Le commencement et la croissance de l’Église sont signifiés par le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié " (LG 3). " Car c’est du côté du Christ endormi sur la Croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église toute entière " (SC 5). De même qu’Ève a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix. (Cf. Jn 19,34) » (CEC n° 766)

 

1. L’Église-Épouse est sainte et immaculée

 

C’est ce qu’affirme saint Paul : « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. » (v.25-27) 

 

L’Église est sainte non pas en raison de ses vertus et de ses mérites, mais uniquement parce qu’elle a été sanctifiée par le Christ et qu’elle est habitée par l’Esprit Saint. Ce mystère se réalise au baptême, qui est « le bain des noces » (CEC n° 1617).

 

Là Jésus la purifie par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; elle de vient immaculée car « par le Baptême, tous les péchés sont remis, le péché originel et tous les péchés personnels ainsi que toutes les peines du péché (cf. DS 1316). En effet, en ceux qui ont été régénérés il ne demeure rien qui les empêcherait d’entrer dans le Royaume de Dieu, ni le péché d’Adam, ni le péché personnel, ni les suites du péché, dont la plus grave est la séparation de Dieu. » (CEC n° 1263)

 

Mais l’homme et la femme ne retrouvent pas alors l’état de justice originelle qui était celui d’Adam et Ève. « Le Baptême, en donnant la vie de la grâce du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal (cette inclination au mal est appelée " concupiscence "), persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel. » (CEC n° 405)

 

À cause de cela, bien qu’ils soient saints, les baptisés peuent de nouveau pécher, parfois même au point de se couper de Dieu par le péché qu’on qualifie de « mortel ». C’est pour cela que Jésus a institué le sacrement de la réconciliation ou de pénitence. Celui-ci rend au pécheur la sainteté perdue, et le remet dans la communion avec Dieu et avec ses frères. (Cf. CEC n° 1425-1426)

 

Au baptême, par l’exorcisme les baptisés sont aussi libérés de l’influence de Satan; ils renoncent à lui et reçoivent l’onction de l’Esprit Saint qui les fortifie pour le combat spirituel, afin qu’ils résistent fermement, alors qu’Adam et Ève avaient succombé à la tentation.

 

Ainsi purifiés du péché et armés contre Satan, les baptisés deviennent « des créatures nouvelles » (CEC n° 1265), et sont incorporés à l’Église, Corps et Épouse du Christ (Cf. CEC n° 1267-1268) ; ils reçoivent alors toutes les grâces nécessaires pour vivre désormais « dans le Christ » (Titre de la troisième partie du CEC).

 

2. Le lien entre le Christ et l’Église

 

Dans l’optique de notre réflexion sur le mariage sacrement, comprenons bien maintenant ce point crucial. « Incorporé au Christ par le Baptême, le baptisé est configuré au Christ (cf. Rm 8, 29). Le Baptême scelle le chrétien d’une marque spirituelle indélébile (" character ") de son appartenance au Christ. Cette marque n’est effacée par aucun péché, même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut (cf. DS 1609-1619). Donné une fois pour toutes, le Baptême ne peut pas être réitéré. » (CEC n° 1272)

 

Il ne faut évidemment pas chosifier ce « character » baptismal : c’est « une marque spirituelle », qui est donc l’œuvre de l’Esprit Saint, qui scelle « notre appartenance au Christ » et notre filiation divine, et que rien ni personne ne peut détruire.

 

Cette notion de « character » jette une nouvelle lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ : « Celle-ci n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle est unifiée en lui, dans son Corps. » (CEC n° 789)

 

3. Une relation sponsale à vivre et à développer

 

Le Christ a épousé l’Église aux noces de la Croix ; il se l’est « associée par un pacte indissoluble » (CEC n° 757). Elle doit donc répondre par sa foi et par son amour à l’amour si grand dont elle a été gratifiée par son divin Époux.

 

« La Très Sainte Trinité donne au baptisé la grâce sanctifiante, la grâce de la justification qui le rend capable de croire en Dieu, d’espérer en Lui et de L’aimer par les vertus théologales (…) » (CEC n° 1266). Celles-ci lui sont données en germe. S’il ne les cultive pas, elles ne produiront pas de fruit dans sa vie ; et c’est ainsi qu’on voit beaucoup de baptisés vivre une vie tout à fait mondaine, comme une épouse qui ne vivrait plus avec son mari.

 

Il ne doit pas en être ainsi. « Incorporés à l’Église par le Baptême, les fidèles ont reçu le caractère sacramentel qui les consacre pour le culte religieux chrétien (cf. LG 11). Le sceau baptismal rend capable et engage les chrétiens à servir Dieu dans une participation vivante à la sainte Liturgie de l’Église et à exercer leur sacerdoce baptismal par le témoignage d’une vie sainte et d’une charité efficace (cf. LG 10). » (CEC n° 1273)

 

Une vie sainte est une vie qui voit se consolider les trois piliers de l’Alliance avec Dieu. À commencer par la foi. Or « la foi qui est requise pour le Baptême n’est pas une foi parfaite et mûre, mais un début qui est appelé à se développer. Au catéchumène ou à son parrain on demande : " Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? " Et il répond : " La foi ! ". Chez tous les baptisés, enfants ou adultes, la foi doit croître après le Baptême. » (CEC n° 1253-1254)

 

Comment peut-elle croître ? Si l’Épouse écoute la Parole de l’Époux et se soumet au Christ (Ép 5,24). En effet « par la foi " l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu " (DV 5). C’est pourquoi le croyant cherche à connaître et à faire la volonté de Dieu. » (CEC n° 1814). Saint Paul insiste sur l’importance de la soumission (Ép 5,24) parce que l’attitude inverse conduit à la catastrophe : c’est pour n’avoir pas écouté la Parole de Dieu, s’être méfiés de lui et s’être rebellés contre lui qu’Adam et Ève ont commis le péché originel, et fait le malheur de l’humanité ! À l’opposé Marie, la nouvelle Ève, s’est montré obéissante non seulement le jour de l’Annonciation, mais aussi au pied de la croix où Jésus nous l’a donnée pour Mère. (Cf. Lumen gentium n°58)

 

La porte de la foi ouvre à une communion d’amour que l’Église vit d’abord avec son Époux grâce à la vertu de charité. Selon la définition traditionnelle, « la charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. » (CEC n° 1822)

 

Soulignons un aspect essentiel : la charité n’est pas du sentimentalisme. « Fruit de l’Esprit et plénitude de la loi, la charité garde les commandements de Dieu et de son Christ : " Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour " (Jn 15, 9-10 ; cf. Mt 22, 40 ; Rm 13, 8-10). » (CEC n° 1824) Parmi ces commandements, il y a tous ceux qui concernent l’amour humain, le mariage et le don de la vie. Les baptisés sont donc tenus de les observer par amour pour le Christ Époux de l’Église et avec sa grâce !

 

Et ce même lorsqu’ils sont confrontés à l’épreuve, à l’opposition, à la violence même ! « Le Christ est mort par amour pour nous alors que nous étions encore " ennemis "  (Rm 5, 10). Le Seigneur nous demande d’aimer comme Lui jusqu’à nos ennemis (Mt 5, 44) » (CEC n° 1825). Cela dans l’Église, dans la famille, et dans la société. C’est parfois dur d’être chrétien !

 

Dans l’épreuve, beaucoup de baptisés sont tentés de se détourner de Dieu, et se comportent alors comme une épouse infidèle - qui se fait plus de tort à elle-même qu’à Dieu ! Ils n’ont pas compris que la lutte contre Satan et contre la concupiscence nécessite un combat spirituel parfois difficile, et demande la persévérance.

 

Pourtant, baptisés, nous avons reçu la vertu d’espérance. Les épreuves ne nous sont pas épargnées durant notre pèlerinage sur la terre, dans cette vallée de larmes ; « mais par les mérites de Jésus Christ et de sa passion, Dieu nous garde dans " l’espérance qui ne déçoit pas " (Rm 5, 5). L’espérance est " l’ancre de l’âme ", sûre et ferme, " qui pénètre ... là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus " (He 6, 19-20). Elle est aussi une arme qui nous protège dans le combat du salut : " Revêtons la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance du salut " (1 Th 5, 8). Elle nous procure la joie dans l’épreuve même : " avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation " (Rm 12, 12). » (CEC n° 1820)

 

« Nous pouvons donc espérer la gloire du ciel promise par Dieu à ceux qui l’aiment (cf. Rm 8, 28-30) et font sa volonté (cf. Mt 7, 21). En toute circonstance, chacun doit espérer, avec la grâce de Dieu, " persévérer jusqu’à la fin " (cf. Mt 10, 22 ; cf. Cc. Trente : DS 1541) et obtenir la joie du ciel, comme l’éternelle récompense de Dieu pour les bonnes œuvres accomplies avec la grâce du Christ. Dans l’espérance l’Église prie que " tous les hommes soient sauvés " (1 Tm 2, 4). Elle aspire à être, dans la gloire du ciel, unie au Christ, son Époux » (CEC n° 1821). Alors ce seront les « noces de l’Agneau » (Ap 19) : l’Église sera définitivement unie à son divin Époux pour une béatitude éternelle.

III. L’Alliance entre le Christ Époux et l’Église Épouse

 

B. L’Église Épouse du Christ