LE SACREMENT DU MARIAGE (Ép 5, 21-23)
I. Le Sacrement primordial

Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul invite les époux à revenir au dessein de Dieu à l’origine pour qu’ils comprennent le sens du sacrement du mariage. Il cite pour cela un verset du livre de la Genèse (2,24) : « Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » (Ep 5,31) Jésus de même, dénonçant la loi mosaïque sur la répudiation, affirme : « N’avez-vous pas lu ceci ? Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mt 19,4-6)

 

Jésus est le mieux placé pour connaître le dessein de Dieu pour le couple à l’origine ! Dieu, qui est un en trois personnes, a créé l’homme à son image. Or « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 16). Arrêtons-nous un instant au seuil de ce mystère de la Sainte Trinité [1].

 

Cet Amour crée une unité parfaite entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint (Cf. CEC n° 253), et comme les trois personnes divines sont réellement distinctes entre elles (Cf. CEC n° 254), elles vivent « un mystère de communion personnelle d’amour. » [2] Ce mystère insondable, saint Augustin le formulait ainsi : « Le Dieu d’amour est communion entre l’Amant, l’Aimé et l’Amour reçu et donné, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Croire en cet Amour éternel signifie croire que Dieu est Un en Trois Personnes, dans une communion si parfaite qu’elles ne font qu’un dans l’amour, et en même temps dans un rapport si réel, subsistant dans l’essence divine unique, qu’elles sont en fait Trois à donner et à recevoir l’amour, à se rencontrer et à s’ouvrir à l’amour : "En vérité, tu vois la Trinité, si tu vois l’amour". » [3]

 

Or, quand Dieu a décidé de créer l’humanité, c’était pour la faire entrer dans ce grand mystère d’Amour. « Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le " dessein bienveillant " (Ep 1, 9) qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, " nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci " (Ep 1, 4-5), c’est-à-dire " à reproduire l’image de Son Fils " (Rm 8, 29) grâce à " l’Esprit d’adoption filiale " (Rm 8, 15). Ce dessein est une " grâce donnée avant tous les siècles " (2 Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l’amour trinitaire. » (CEC n° 257)

 

La création de l’humanité est l’œuvre de l’Amour, car elle vient du Père, par et pour le Fils, dans l’Esprit [4]. Et comme l’Amour ne veut que le bien de l’autre, Dieu, dès le départ, a comblé l’homme des bénédictions de l’Esprit (Ep 1,3). Il lui a donné la dignité de personne (Cf. CEC n° 357) ; l’a doté d’une âme qui est « principe spirituel » en lui (CEC n° 363) ; l’a « créé bon » - à l’image du Fils - et l’a « constitué dans l’amitié avec son Créateur » (CEC n° 374) ; il l’a fait fils dans le Fils (Cf. Ép 1,5), le destinant « à être pleinement divinisé par Dieu dans la gloire » ( CEC n° 398).

 

Créé par amour, l’homme n’avait qu’à accueillir toutes les bénédictions du Père, et il y répondait, par le Fils et dans l’Esprit, avec une totale confiance et un amour parfait. Par rapport aux deux points que nous voulons particulièrement souligner, le lien entre l’homme et Dieu était constitué par cette image du Fils en l’homme, qui marquait son appartenance spirituelle au Fils, et en faisait un fils du Père, par l’Esprit. De cette source jaillissaient toutes pures la foi, la charité et la fidélité qui irradiaient la vie de l’homme et lui permettaient de vivre l’état de « sainteté originelle ».

 

Dieu est Amour ; il a créé l’homme par amour et pour l’amour ; nous pouvons maintenant essayer de comprendre, avec l’éclairage de l’Esprit Saint, en quoi consiste le « sacrement primordial », que saint Jean-Paul II appelle aussi « sacrement de la création ».

 

Remarquons tout d’abord que ce n’est pas l’homme mâle, ou l’humanité indifférenciée qui sont à l’image de Dieu ; c’est le couple : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Gn 1,27) C’est pourquoi saint Jean-Paul II affirme : « Dieu est amour et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d'amour. En créant l'humanité de l'homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l'être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l'amour et à la communion. L'amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humain. » [5]

 

Le sacrement étant un signe, un symbole, le mariage originel entre Adam et Ève, dont « Dieu lui-même est l’auteur » (GS n° 48) « devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme. Il est bon, très bon, aux yeux du Créateur (cf. Gn 1, 31). » (CEC n° 1604)

 

En même temps, le sacrement est efficace : « la grâce de la sainteté originelle est une participation à la vie divine » (CEC n° 375), communiquée par l’Esprit Saint, dans le Fils. Les époux participent à l’amour même de Dieu, sans la moindre trace de péché ; cet amour crée entre eux une harmonie totale (cf. CEC n° 376), une unité parfaite : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » (Gn 2,24 ; Mt 19,6)

 

Le lien qui unit les époux dans ce sacrement primordial, c’est la Sainte Trinité elle-même, le Dieu-Amour auquel ils participent, et dont leur amour est le signe efficace.

 

Et ils établissent les piliers de leur alliance conjugale sur le Roc qu’est le Fils. Celui-ci, par l’Esprit, leur donne de vivre une confiance totale l’un dans l’autre, un amour mutuel parfait (cf. 1 Co 13,4-7), une fidélité soutenue par la promesse de la divinisation : « Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir, ni souffrir. » (CEC n° 376)

 

Dieu donne à Adam et Ève de participer à son amour dans leur relation de couple, et il leur donne aussi de participer à son pouvoir de Créateur et Père pour transmettre le don de la vie. C’est pour cela qu’il leur a fait don de la sexualité. À l’origine, le couple intégrait parfaitement l’usage de celle-ci car, par la grâce de la justice originelle, « libre de la concupiscence qui le soumet aux plaisirs des sens » (CEC n° 377), il possédait la maîtrise de lui-même. Il est bon de le rappeler car il se trouve encore des gens pour penser que l’Église n’a qu’un regard négatif sur la sexualité. Au contraire saint Jean-Paul II a montré toute la beauté de la sexualité quand elle est purifiée de la convoitise et intégrée dans l’amour des époux. (Cf. par exemple FC n°11)

 

Quand nous méditons sur le sacrement primordial, nous ne pouvons qu’être émerveillés devant la grandeur de ce mystère, et déçus qu’il ait été dévasté par le péché de nos premiers parents !

 

 

[1]     Sur le mystère de la Sainte Trinité, cf. le catéchisme de l’Église catholique (CEC) n° 232 à 267.

 

[2]     Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio (FC) sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui, 1981, n°11 : l’homme, image du Dieu Amour. 

 

[3]     Saint Augustin, De Trinitate, 8, 8, 12. 

 

[4]     Saint Paul l’a admirablement mis en valeur au début de son épître aux Éphésiens : cf. ch. 1,3-6 

 

[5]     Saint Jean-Paul II, FC n° 11.