LE SACREMENT DU MARIAGE (Ép 5, 21-23)
II. Le péché originel et ses conséquences
1. Ce qui l’a rendu possible

 

Le premier élément à prendre en compte pour comprendre la plus grande tragédie de l’histoire de l’humanité est la liberté de l’homme. « Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. » (CEC n° 396) En amour, on ne peut contraindre quelqu’un à aimer. En créant l’homme, Dieu l’a donc créé libre, et a pris le risque que l’homme un jour puisse lui dire non et se détourner de lui. C’est hélas ce qui s’est passé. Un jour Adam et Ève se sont défiés de Dieu, et se sont lancés dans l’expérience folle et suicidaire de tenter de se diviniser sans Lui. « Le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement. » (CEC n° 387)

 

Quand on considère le bonheur qu’ils vivaient dans la communion avec Dieu, on se demande comment cette idée stupide a pu leur venir. Pour répondre à cette question, il faut considérer l’intervention d’un ennemi de Dieu acharné à détruire son chef-d’œuvre : Satan. « Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44 ; Ap 12, 9). » (CEC n° 391. Cf. n° 392 à 395)

 

Satan a profité de la naïveté d’Ève et de la passivité d’Adam pour les séduire, les tromper, et les conduire à désobéir librement à Dieu - pour leur perte. Jésus jugera sévèrement Satan : « Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge. » (Jn 8,44)

 

D’après cette Parole, Satan ne s’est pas contenté de tromper nos premiers parents : à l’époque de Jésus comme à la nôtre, et jusqu’à sa défaite définitive à la fin des temps, il continue à pervertir l’amour, et à attaquer le couple et la famille pour les détruire.

 

2. Le péché contre Dieu

 

Pour détruire la relation avec Dieu, il fallait d’abord saper le premier pilier de l’Alliance : la foi/confiance. « L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son Créateur (cf. Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (cf. Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté. » (CEC n° 397)

 

La foi étant la porte de l’amour, Satan a ensuite attaqué ce deuxième pilier. « Dans ce péché, l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu : il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. » (CEC n° 398) Au lieu de l’amour de Dieu, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu : c’est l’égoïsme. Au lieu de l’accueil, plein de gratitude, de toutes les bénédictions de Dieu, la prétention folle de se faire Dieu : c’est l’orgueil. Suivent la revendication suicidaire d’indépendance –comment vivre coupé de la source de la vie ? – et l’autonomie – c’est-à-dire la volonté de faire sa propre loi (on voit ce que ça donne à notre époque !) -.

 

La confiance et l’amour étant détruits, le troisième pilier, l’espérance en la vie éternelle, va s’effondrer tout seul : la mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité. D’abord la mort spirituelle : « Adam et Ève perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle (cf. Rm 3, 23). Ils ont peur de ce Dieu (cf. Gn 3, 9-10) dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives (cf. Gn 3, 5). » (CEC n° 399) Et, alors qu’ils étaient destinés à être immortels, la mort physique sera désormais leur lot.

Pour échapper à l’angoisse et à la désespérance qui résulte du péché, l’homme va tomber désormais dans de multiples formes d’idolâtrie – tout ce qui prend la place réservée à Dieu dans sa vie est idolâtrie - ; il est poussé à cela par « la triple concupiscence (cf. 1 Jn 2, 16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison. » (CEC n° 387)

 

3. Les conséquences pour le couple

 

« Rupture avec Dieu, le premier péché a comme première conséquence la rupture de la communion originelle de l’homme et de la femme. Leurs relations sont distordues par des griefs réciproques (cf. Gn 3, 12) ; leur attrait mutuel, don propre du créateur (cf. Gn 2, 22), se change en rapports de domination et de convoitise (cf. Gn 3, 16 b) ; la belle vocation de l’homme et de la femme d’être féconds, de se multiplier et de soumettre la terre (cf. Gn 1, 28) est grevée des peines de l’enfantement et du gagne-pain (cf. Gn 3, 16-19). » (CEC n° 1607)

 

Désormais le couple aura beaucoup de mal à vivre les trois piliers de l’alliance conjugale.

Alors que dans l’état de justice originelle, la confiance des époux l’un envers l’autre était totale parce qu’enracinée dans la foi en Dieu, après la faute la méfiance s’instaure facilement entre les époux, provoque la désobéissance de l’un à l’autre, et peut dégénérer en jalousie maladive.

Dans l’état de justice originelle l’amour des époux était parfait parce qu’il participait à l’amour de Dieu. Après la faute l’égoïsme apparaît : la loi du don qui rend heureux cède la place à la recherche de son épanouissement personnel. L’orgueil pousse l’un à dominer l’autre, le plus souvent l’homme (autoritarisme, machisme, sexisme…), mais parfois aussi la femme (matriarcat), et cette domination s’accompagne éventuellement de colère ou de violence. La relation sexuelle, qui devait être le lieu de la donation totale et exclusive des époux, est perturbée par la convoitise : certains couples peinent à trouver l’harmonie, et sont parfois confrontés à des problèmes d’impuissance ou de frigidité ; d’autres ne maîtrisent pas leur passion, idolâtrent le plaisir, ou peuvent aller jusqu’au viol conjugal ; cette même convoitise pousse aux péchés que sont la luxure, la masturbation, la fornication et la pornographie. (Cf. CEC n° 2351 à 2353)

Enfin, alors que dans l’état de justice originelle la question de la fidélité ne se posait même pas, après la faute, la convoitise pousse beaucoup à l’adultère, et malheureusement de plus en plus – du moins dans les pays occidentaux – à la séparation et au divorce.

Même les valeurs les plus honorables sont bafouées : la vie, don sacré du Créateur, n’est plus respectée : les avortements, légalisés dans beaucoup de pays, tuent des millions d’innocents, et l’on cherche à légaliser l’euthanasie dans de nombreuses régions. On voit clairement qui est derrière tout cela : Satan, le « menteur et meurtrier de l’homme » (Jn 8,44).

 

Que reste-t-il donc du sacrement primordial instauré par Dieu ? L’Église l’affirme : « Pourtant, l’ordre de la création subsiste, même s’il est gravement perturbé. » (CEC n° 1608) En effet, « La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Dieu lui-même est l’auteur du mariage. » [1]

 

Même dans les sociétés primitives on voit un respect pour la dignité du mariage, et généralement un rite accompagne sa célébration. Le lien entre les époux se fonde alors sur la parole donnée, sur l’engagement dont la communauté est témoin. Et l’on peut penser que Dieu bénit ce mariage, même si les époux n’en sont pas conscients. Mais ce lien n’a pas la force du lien sacramentel, car l’homme est coupé de Dieu par le péché originel, qui n’a pas encore été racheté par le Christ. Néanmoins l’Église affirme que ce lien est indissoluble, parce qu’il est inhérent au mariage institué par Dieu. [2]

Dans sa miséricorde, Dieu n’a pas abandonné l’homme pécheur. Patiemment, il est venu à sa rencontre. Il a choisi un peuple, les Hébreux, et a multiplié les alliances avec lui. En lui donnant la loi, en particulier le sixième commandement : Tu ne commettras pas d’adultère (Ex 20,14), il lui a fait redécouvrir la grandeur du mariage. « Après la chute, le mariage aide à vaincre le repliement sur soi-même, l’égoïsme, la quête de son propre plaisir, et à s’ouvrir à l’autre, à l’aide mutuelle, au don de soi. » (CEC n° 1609)

 

« La conscience morale concernant l’unité et l’indissolubilité du mariage s’est développée sous la pédagogie de la Loi ancienne. La polygamie des patriarches et des rois n’est pas encore explicitement critiquée. Cependant, la Loi donnée à Moïse vise à protéger la femme contre l’arbitraire d’une domination par l’homme, même si elle porte aussi, selon la parole du Seigneur, les traces de " la dureté du cœur " de l’homme en raison de laquelle Moïse a permis la répudiation de la femme (cf. Mt 19, 8 ; Dt 24, 1). » (CEC n° 1610)

 

Mais « pour guérir les blessures du péché, l’homme et la femme ont besoin de l’aide de la grâce que Dieu, dans sa miséricorde infinie, ne leur a jamais refusée (cf. Gn 3, 21). Sans cette aide, l’homme et la femme ne peuvent parvenir à réaliser l’union de leurs vies en vue de laquelle Dieu les a créés " au commencement ". » (CEC n° 1608) Cette grâce de Dieu, c’est Jésus qui va nous la communiquer en plénitude en épousant l’humanité et en instituant le sacrement du mariage.

 

[1]     Vatican II, Constitution Gaudium et spes n° 48. 

 

[2]     Cf. Pie XI, encyclique Casti conubii, n° 29.