Saint Jean-Paul II : la sexualité est à vivre dans le mariage fidèle (FC n°11) :

 

Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27) : en l'appelant à l'existence par amour, il l'a appelé en même temps à l'amour.

 

Dieu est amour (cf. 1 Jn 4, 8) et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d'amour. En créant l'humanité de l'homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l'être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l'amour et à la communion (cf. Concile Œcum. Vat. II, Gaudium et spes, 12). L'amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humain.

 

Puisque l'homme est un esprit incarné, c'est-à-dire une âme qui s'exprime dans un corps et un corps animé par un esprit immortel, il est appelé à l'amour dans sa totalité unifiée. L'amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l'amour spirituel. (…)

 

En conséquence, la sexualité, par laquelle l'homme et la femme se donnent l'un à l'autre par les actes propres et exclusifs des époux, n'est pas quelque chose de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu'elle a de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de l'amour dans lequel l'homme et la femme s'engagent entièrement l'un vis-à-vis de l'autre jusqu'à la mort. La donation physique totale serait un mensonge si elle n'était pas le signe et le fruit d'une donation personnelle totale, dans laquelle toute la personne, jusqu'en sa dimension temporelle, est présente. Si on se réserve quoi que ce soit, ou la possibilité d'en décider autrement pour l'avenir, cela cesse déjà d'être un don total.

 

Cette totalité, requise par l'amour conjugal, correspond également aux exigences d'une fécondité responsable: celle-ci, étant destinée à engendrer un être humain, dépasse par sa nature même l'ordre purement biologique et embrasse un ensemble de valeurs personnelles dont la croissance harmonieuse exige que chacun des deux parents apporte sa contribution de façon permanente et d'un commun accord.

 

Le «lieu» unique, qui rend possible cette donation selon toute sa vérité, est le mariage, c'est-à-dire le pacte d'amour conjugal ou le choix conscient et libre par lequel l'homme et la femme accueillent l'intime communauté de vie et d'amour voulue par Dieu lui-même (cf. GS 48), et qui ne manifeste sa vraie signification qu'à cette lumière. L'institution du mariage n'est pas une ingérence indue de la société ou de l'autorité, ni l'imposition extrinsèque d'une forme; elle est une exigence intérieure du pacte d'amour conjugal qui s'affirme publiquement comme unique et exclusif pour que soit vécue ainsi la pleine fidélité au dessein du Dieu créateur. Cette fidélité, loin d'amoindrir la liberté de la personne, la met à l'abri de tout subjectivisme et de tout relativisme, et la fait participer à la Sagesse créatrice. (Familiaris consortio n° 11)

 

L’appel à la continence :
 
  • Saint Jean-Paul II : 

(Pour) ceux qui se sont repentis d'avoir violé le signe de l'Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l'indissolubilité du mariage, cela implique concrètement que, lorsque l'homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par l'exemple l'éducation des enfants -, remplir l'obligation de la séparation, ils prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux. (Familiaris consortio n° 84 § 5)

 

  • Benoît XVI : 

Là où la nullité du lien matrimonial n'est pas reconnue et où des conditions objectives rendent de fait la vie commune irréversible, l'Église encourage ces fidèles à s'engager à vivre leur relation selon les exigences de la Loi de Dieu, comme amis, comme frère et sœur; ils pourront ainsi s'approcher de la table eucharistique, avec les attentions prévues par la pratique éprouvée de l'Église. (Sacramentum Caritatis n° 29)

 

  • Mgr A.-M. LÉONARD :

Saint Jean-Paul II (et Benoît XVI après lui) appelle les catholiques divorcés remariés à la continence : cf. ci-dessus FC n°84 § 5. Après avoir cité ce paragraphe, Mgr Léonard écrit :

« En entendant ce langage, certains s’esclaffent : « Le Pape rêve-t-il ? Laissez-nous rire ! Vivre comme frère et sœur, à quoi cela ressemble-t-il ? » À noter que la même réaction accueillait Jésus quand il formulait certaines exigences de l’Évangile. (…) Quant aux disciples, ils étaient atterrés par les exigences de Jésus concernant la fidélité conjugale (cf. Mt 19,10). » (Ibid. p. 132)

 

On peut arriver progressivement à la continence. Dans ce domaine se vérifie la sagesse de la loi de gradualité définie par saint Jean-Paul II (cf. FC n° 9). Mgr Léonard l’affirme :

 

« Je connais des couples de divorcés remariés qui, après un chemin de conversion, s’engagent avec fruit dans cette voie de la continence.

 

« Cela suppose, bien sûr, une forte motivation spirituelle et un accord profond dans le couple, et le soutien de fraternités. (…) Beaucoup seraient capables, fût-ce à partir d’un âge plus mûr, de s’engager progressivement – avec des dérapages occasionnels – dans ce style de vie nouveau, et d’y puiser beaucoup de force pour eux-mêmes et pour tant de couples de chrétiens en situation conjugale irrégulière. J’en connais un certain nombre et j’admire leur sens évangélique et leur amour du Christ par-dessus tout. (…) 

 

« J’ai parlé de « style de vie nouveau », car vivre la continence dans le couple, ce n’est pas seulement s’abstenir des relations charnelles, c’est vivre autrement la tendresse quotidienne et l’union des cœurs, du fait que l’on a clairement reconnu que le conjoint avec lequel on vit n’est pas un conjoint « dans le Seigneur ».

 

« À défaut de pouvoir intégrer d’emblée dans la vie du couple cette dimension de réserve charnelle et affective, au moins pourra-t-on faire place occasionnellement à des gestes de renoncement conjugal attestant du bon propos d’une vie conforme à l’Évangile. La grâce de Dieu aidera progressivement à aller plus loin. Pour ce faire, on se placera utilement sous la protection de la Sainte Famille de Nazareth. »

 

(Mgr André-M. LÉONARD, Séparés, divorcés, divorcés remariés, l’Église vous aime, Éditions de l’Emmanuel 1996, p. 133-134)