LE SACREMENT DU MARIAGE (Ép 5, 21-23)
4. L’ordre de l’amour

 

Intégrer le mystère du Christ dans la vie conjugale implique aussi que les époux redécouvrent et acceptent de vivre ce que saint Augustin appelle l’ordre de l’amour. En quoi consiste cet ordre ? Saint Paul l’énonçait dans ces versets : « 21 Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; 22 les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; 23 car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête (…). » Selon Pie XI, cet ordre a été voulu par Dieu ; « pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale, établie et fixée par Dieu, il n'est jamais ni nulle part permis de les bouleverser ou d'y porter atteinte. » [1]

 

« Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres » (Ép 5,21)

 

Avant de parler de la soumission de la femme, remarquons que l’apôtre invite les époux à la soumission réciproque par respect pour le Christ, et ce grâce à l’Esprit Saint (cf. v.18). En effet c’est le don de crainte qui nous permet de vivre le respect (littéralement « la crainte ») pour le Christ, et qui permet ensuite aux époux de vivre la soumission mutuelle.

 

Dans le mystère des noces entre Dieu et l’humanité, précisons tout d’abord que Jésus lui-même a été soumis en tout à son Père. Il est le nouvel Adam qui restaure la relation entre l’homme et Dieu, et qui montre à l’humanité déchue comment elle doit se comporter vis-à-vis de son Créateur et Père.

Adam s’est méfié de Dieu ; Jésus a une confiance absolue en son Père.

Adam a désobéi à Dieu ; Jésus s’est montré obéissant jusqu’à la mort sur la croix.

Adam a péché par orgueil ; Jésus s’est humilié en prenant la condition humaine, puis en acceptant d’être traité à notre place comme un esclave ou un malfaiteur.

Adam a voulu être indépendant de Dieu ; Jésus vit constamment dans une dépendance d’amour par rapport à son Père. Adam a voulu être autonome ; Jésus a révélé et parfait la loi du Père.

Adam a voulu se faire Dieu par lui-même ; Jésus accueille de Dieu en permanence tout son être, et il se donne totalement au Père dans l’action de grâce.

Adam a été infidèle à Dieu ; Jésus a été fidèle au Père jusqu’au bout de sa mission, et il lui est éternellement fidèle.

Voilà tout ce qu’implique la soumission de Jésus au Père ; et c’est parce qu’il l’a vécue à la perfection que Jésus a été glorifié par son Père ; « Celui-ci a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps. » (Ép 1,22)

 

En grec, le verbe « il a tout mis sous ses pieds » est le même que celui utilisé par l’apôtre en Ép 5,21 : soyez soumis. L’Église épouse doit donc avoir la même soumission au Christ que celle qu’il a vécue lui-même vis-à-vis de son Père. Or les époux sont membres de cette Église. À ce titre ils doivent être totalement soumis au Christ Époux, et vivre à son égard cet amour parfait que Jésus, à l’opposé d’Adam, a vécu vis-à-vis du Père : un amour confiant, obéissant, humble, dépendant, soumis aux commandements divins, accueillant avec gratitude tous les dons de Dieu et se donnant totalement en retour, fidèle jusqu’à la mort, dans l’espérance de la vie et de la béatitude éternelles auprès du Père.

En outre, puisque les époux sont tous deux membres du Corps du Christ, ils doivent vivre l’un envers l’autre ce même amour grâce aux vertus théologales.

 

Cela nécessite de nous une conversion continuelle, car nous sommes limités, blessés et pécheurs. Les mauvaises graines du péché originel restent en nous : méfiance, désobéissance, orgueil, esprit d’indépendance, autonomie, idolâtrie, propension à l’infidélité… Saint Paul en est conscient, c’est pourquoi il nous encourage :

« Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. » (Ép 4,1-3)

« Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites la vérité, chacun à son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres.

Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas prise au diable. (…)

Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, que ce soit une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui vous écoutent.

N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté.

Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » (Ép 4,22-32)

 

En fait, tout l’enjeu de la relation entre les époux est de leur permettre de grandir en sainteté en couple, et de convertir le « vieil homme » ou la « vieille femme » pécheurs en époux chrétiens qui s’aiment de plus en plus de cet amour agapè que Jésus leur communique par la grâce du sacrement du mariage. Ils y parviendront progressivement en recherchant la plénitude dans l’Esprit Saint, et en étant soumis l’un à l’autre dans l’amour. (Ép 5, 18.21)

 

Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ (Ép 5 ,25)

 

Cette affirmation de saint Paul se poursuit ainsi : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle afin de la rendre sainte. (Ép 5,25) Ceci confirme ce que nous venons de voir : le but du mariage est la sanctification des époux. Or la sainteté, c’est la perfection de la charité. C’est pourquoi les maris sont invités par l’apôtre à aimer leur femme à l’exemple du Christ, c’est-à-dire comme nous venons de le définir.

 

Le péché d’Adam l’en a rendu incapable ; c’est pourquoi dans les temps anciens, et récemment encore, les époux pécheurs se sont comportés d’une manière indigne vis-à-vis de leur épouse. Alors que, « en créant l'être humain «homme et femme» (Gn 1,27), Dieu donne la dignité personnelle d'une manière égale à l'homme et à la femme, » (FC n° 22) les maris ont traité longtemps leur épouse comme un être inférieur. L’homme a exercé sur elle une domination qui est la conséquence du péché originel (cf. Gn 3,16). Son autorité s’est dégradée en autoritarisme, réduisant son épouse au statut de servante, voire d’esclave. On s’est même demandé jadis si la femme avait une âme !

 

Saint Jean-Paul II a dénoncé « le phénomène que l'on a appelé le «machisme», c'est-à-dire la supériorité abusive des prérogatives masculines qui humilient la femme et empêchent le développement de saines relations familiales. » (FC n° 25)

 

Sous l’effet de la concupiscence, l’homme a aussi considéré sa femme comme un objet de plaisir au service de son intérêt égoïste (Cf. FC n° 24), allant même jusqu’au viol conjugal…

 

Ces attitudes ne peuvent être en rien justifiées par les affirmations de saint Paul. Elles rendent nécessaire une profonde conversion ! « L'amour conjugal authentique, rappelle saint Jean-Paul II, suppose et exige que l'homme ait un profond respect à l'égard de la dignité de sa femme: «Tu n'es pas son maître - écrit saint Ambroise - mais son mari; elle t'a été donnée pour femme et non pour esclave... Rends-lui les attentions qu'elle a pour toi et sois-lui reconnaissant de son amour» [2]. » (FC n° 25)

 

Le mari doit donc aimer son épouse comme le Christ ; moyennant quoi il pourra assumer sa fonction spécifique dans « l’ordre de l’amour », fonction que rappelle l’apôtre : « pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête » (v. 23).

Jésus est la tête du Corps Mystique parce qu’il est le Sauveur de son Église. Le mari, en tant que tête de son épouse et de sa famille doit donc avoir pour premier souci leur sanctification. Participant à la fonction sacerdotale et royale du Christ, le mari est le prêtre et le berger de son église domestique. Comme Jésus, il doit être prêt à se sacrifier, à se faire serviteur, à donner sa vie par amour pour son épouse et pour ses enfants.

 

Nous sommes loin de la « domination » de l’homme pécheur ! Telle est la conversion que doit vivre le mari et père pour être tête de son foyer comme le Christ est tête de l’Église.

Il doit avoir une foi inébranlable en Dieu et une confiance fondamentale en son épouse et en ses enfants ;

Il doit se reconnaître pécheur et faire aux siens miséricorde ;

Il doit passer d’une attitude de besoin égoïste à une attitude de désir toute préoccupée de la sanctification et du bonheur de son épouse et de ses enfants ;

il doit passer d’une attitude possessive à un don total de lui-même ; il doit observer et enseigner les commandements de Dieu et la loi évangélique ;

il doit passer de l’autoritarisme à l’autorité véritable, qui est humble service de la croissance de l’autre ;

il doit éviter la colère et la faiblesse, pour être un roc de force et de tendresse ;

face aux difficultés de la vie, aux blessures venant de son épouse ou de ses enfants, il doit être patient, porter sa croix avec Jésus, et rechercher toujours la vérité avec miséricorde.

 

C’est un idéal impossible à atteindre, objectera-t-on ! Humainement, oui. Mais précisément, par la grâce du sacrement du mariage, le Christ vient dans le cœur des époux chrétiens, par l’Esprit Saint, pour les rendre progressivement capables de remplir leur vocation d’époux et de père tête de leur foyer, comme le Christ, par lui, avec lui et en lui.

 

En tant que tête de son église domestique, l’homme a une responsabilité particulière par rapport à la loi de Dieu. De même que celui-ci avait confié à Adam le premier commandement (Cf. Gn 2,16-17), de même il confie au mari et père la mission de vivre et de rappeler à sa famille les commandements du Seigneur dont l’observation conduit au vrai bonheur.

 Saint Joseph est le modèle de l’époux tête de son foyer. C’est un homme juste, c’est-à-dire quelqu’un qui connaît et vit la loi du Seigneur. C’est à lui que Dieu s’adresse pour lui transmettre sa volonté concernant la Sainte Famille : lorsque Joseph découvre que Marie est enceinte, l’ange lui dit de ne pas craindre de la reprendre comme épouse, car cet enfant vient de Dieu et qu’il en sera le père adoptif (cf. Mt 1,18-25). Après la naissance de Jésus, l’Ange prévient Joseph qu’Hérode va chercher à tuer l’enfant, et l’invite à fuir en Égypte (Mt 2,13-15) ; et c’est encore l’Ange qui, après la mort d’Hérode, donne le signal du retour en Israël (Mt 2,19-23). Joseph joue ainsi son rôle de chef de famille, assume sa paternité et protège son épouse et son divin fils. Par la suite il les nourrira par son travail, et éduquera son Fils dans le respect de la religion juive (cf. Lc 2,22-24 ; 2,41)

 

Aujourd’hui tous les psychologues confirment la responsabilité essentielle du père en matière d’éducation. C’est à lui de poser les interdits fondamentaux de l’agressivité et de l’inceste ; et sa tâche éducative consiste à amener l’enfant à respecter et à intégrer les commandements de Dieu qui permettent de vivre dans l’amour et d’être heureux [3].

 

S’il a du mal à y arriver, son épouse doit l’y aider. Et s’il est totalement défaillant, elle doit le suppléer dans la direction de la famille. Mais elle ne fera que limiter les dégâts causés par cette grave défaillance du père. Si l’époux est chrétien, qu’il s’appuie sur le Père, « de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom » (Ép 3,15) pour recevoir de lui son autorité, il la recevra par la force de l’Esprit, et apprendra à la mettre en œuvre toujours mieux pour le bien de sa famille.

 

Soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus (Ép 5,21-22)

Après avoir compris que la soumission des époux doit être mutuelle dans le Christ, et qu’elle consiste à imiter le Christ qui s’est soumis en tout à son Père, nous pouvons entendre l’exhortation que saint Paul adresse aux femmes ; dans « l’ordre de l’amour », elles doivent être soumises à leur mari. Pourquoi ? Parce qu’elles ont un autre rôle à jouer, et qu’elles ont besoin de leur mari pour l’exercer en vérité.

 

Pie XI a magnifiquement résumé ces deux rôles complémentaires : « Si le mari est la tête, la femme est le cœur, et, comme le premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne cette primauté de l'amour. » (Pie XI, Casti conubii, n° 24) 

 

Dans sa sagesse, Dieu a d’abord créé Adam, et lui a confié le commandement primordial (Gn 2,16-17). Comme Adam était seul, Dieu a alors créé Ève, et la lui a donnée pour femme (Gn 2,18-24). Grâce à elle, Adam a découvert l’amour, et le premier couple est devenu le sacrement de Dieu Trinité qui est Amour. Dans ce couple, l’amour – symbolisé par Ève – et la vérité – symbolisée par Adam – se rencontrent et s’interpénètrent. En lui la fidélité – symbolisée par Adam – et la miséricorde – symbolisée par Ève – s’épousent et se complètent.

 

Bien sûr, chacun des époux doit vivre l’amour et la vérité, la fidélité et la miséricorde ; mais dans le couple, les rôles sont différents et complémentaires, comme nous l’avons vu.

 

Lorsqu’ils ne sont plus vécus ensemble, c’est la catastrophe. En effet, regardons ce qui s’est passé au moment de la tentation au jardin d’Éden (Cf. Gn 3).

 Satan a trompé Ève, et l’a poussée à désobéir au commandement de Dieu. Adam, à ce moment-là, n’a pas joué son rôle d’époux chargé de défendre la vérité et de rappeler la loi de Dieu. Du coup le diable en a profité et a perverti l’amour d’Ève, le transformant en concupiscence : « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. » (Gn 3,6) Alors Adam non seulement n’a pas réagi en mettant son épouse en garde, mais il a désobéi avec elle : ce fut le péché originel aux conséquences tragiques pour le couple et pour l’humanité.

 

Depuis « l’ordre de l’amour » a été perturbé, et les conséquences en sont dramatiques. L’homme peine à trouver la vérité, d’autant plus que « le père du mensonge » est intelligent et ne cesse de le tromper. Il a du mal à retrouver la loi naturelle inscrite par le Créateur au fond de sa conscience, et, plutôt que d’écouter les commandements de Dieu, il préfère élaborer sa propre loi, notamment sur les questions relatives à la famille. Dans sa relation à la femme et à ses enfants, il est dominateur et ne respecte pas toujours leur dignité…

 

Quant à la femme, après avoir subi cette domination pendant des siècles, elle a décidé de revendiquer le respect de sa dignité et de ses droits.

Ses premières revendications étaient dans l’ensemble légitimes : dénonciation de la violence et de l’autoritarisme ; revendication du droit de vote et du droit au travail…

Mais bientôt les revendications des féministes, coupées de l’amour authentique et de la vérité des lois instituées par Dieu, se sont attaquées aux fondements de la famille.

La loi sur le divorce, réservée au départ aux cas exceptionnels, et chargée de protéger les droits de la femme et des enfants, s’est de plus en plus banalisée, au point que le divorce est devenu aujourd’hui une formalité.

Simone de Beauvoir a prôné le droit de faire l’amour sans envisager la procréation, et bientôt la loi sur la contraception a rendu accessible à toutes les femmes la possibilité de satisfaire ce désir.

Comme des grossesses imprévues se produisaient néanmoins, Simone Weil a proposé une loi dépénalisant l’avortement – mais réservée en principe aux cas exceptionnels. Le gouvernement français socialo-libertaire l’a « améliorée » pour en faire un « droit à l’avortement », imitant en cela d’autres pays.

Et plus récemment, sous la houlette d’une autre femme, franc-maçonne, Christiane Taubira, le « mariage » entre personnes homosexuelles a été légalisé en France, comme dans d’autres pays occidentaux. Les lobbies LGBT militent maintenant pour obtenir la PMA pour les duos homosexuels féminins, et la GPA pour ceux qui la souhaitent…

Par rapport à toutes ces lois, souvent la réaction des hommes et des femmes diffère. Les femmes ont tendance à compatir aux problèmes des personnes en souffrance, surtout si ce sont des proches – ce qui est louable et conforme à leur rôle -, mais du coup certaines acceptent aussi ces lois contraires à la vision chrétienne du couple et de la famille.

Voilà ce qui arrive lorsque, dans le corps du couple, le cœur est séparé de la tête, l’amour de la raison, la soi-disant miséricorde de la vérité fondée par Dieu.

 

Dans ce courant délétère, la femme elle-même perd son identité. Les féministes veulent être libres, mais il s’agit de la liberté du taxi, que l’on dit libre quand il est vide et qu’il ne va nulle part ! En outre, sous prétexte de revendiquer leurs droits, elles s’identifient au modèle masculin, ou, à l’inverse, dénaturent celui-ci pour se l’assimiler. D’où, dans notre société, une grave crise de la masculinité et de la paternité, que dénoncent aujourd’hui tous les psychologues.

 

Il est donc urgent que nous revenions au modèle de couple et de famille institué par Dieu, et que le mari et la femme vivent l’ordre de l’amour voulu par le Créateur. Selon saint Paul, la femme doit être soumise à son mari. Pie XI précise : « Cette soumission, d'ailleurs, ne nie pas, n'abolit pas la liberté qui revient de plein droit à la femme, tant à raison de ses prérogatives comme personne humaine, qu'à raison de ses fonctions si nobles d'épouse, de mère et de compagne ; elle ne lui commande pas de se plier à tous les désirs de son mari, quels qu'ils soient, même à ceux qui pourraient être peu conformes à la raison ou bien à la dignité de l'épouse. » [4]

 

Cette soumission a une raison d’être profondément spirituelle : c’est la manière propre dont la femme vit le sacrement de mariage, en participant à la soumission de l’Église vis-à-vis du Christ, et en en devenant le signe. L’épouse est invitée à voir en son mari le Christ, et à lui être soumise comme au Christ lui-même. C’est de cette manière qu’elle vit l’amour dont le Christ a donné l’exemple, et qu’il demande à l’Église de vivre vis-à-vis de lui.

 

Certes son mari n’est pas le Christ, et parfois, malheureusement, il est encore très blessé et pécheur. L’épouse n’a pas alors à supporter ce qui offense sa dignité, et l’Église lui reconnaît un droit de séparation en cas d’adultère ou de violence –.

 

Mais sinon saint Paul insiste : Eh bien ! Puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. (Ép 5,24) Cette invitation est scandaleuse pour les féministes, mais essentielle en regard de la foi. Il s’agit, en effet, d’une invitation à aimer totalement, jusqu’au bout du don, comme Jésus nous a aimés, à aimer parfaitement comme l’Église, qui se soumet en tout à son divin Époux, ou comme la Vierge Marie, la nouvelle Ève, qui s’est soumise en tout à Dieu et à Joseph son époux. L’épouse « soumise », écrit saint Jean-Paul II, est celle « qui s’est pleinement donnée ». (Saint Jean-Paul II, catéchèse du 18 août 1982)

 

L’exhortation de saint Paul est en outre d’une grande justesse sur le plan psychologique. Lorsqu’une femme a un mari difficile, se révolte-t-elle contre lui ? Elle l’irrite et l’isole davantage. S’ « écrase »-t-elle devant lui ? Elle l’enferme dans son état. Lui adresse-t-elle des reproches acerbes ? Cela réveille chez lui des mécanismes de défense qui bloquent tout changement. Cherche-t-elle ailleurs des compensations ? Elle laisse s’enliser la situation et le fossé se creuse toujours davantage. Aucune de ces attitudes ne peut amener le mari à la conversion.

 

 Seul l’amour véritable peut y parvenir, cet amour qui est participation à l’amour parfait de Jésus, et qui est répandu dans notre cœur par l’Esprit Saint. Cet amour, les épouses qui ont un mari difficile le vivent sur la croix. Il ne s’agit pas alors de résignation passive ou de masochisme. Ces femmes vivent en communion avec Jésus dans le mystère de sa pâque : elles unissent leurs souffrances à celles de Jésus et les offrent au Père pour la guérison et le salut de leur mari. Elles sont folles aux yeux du monde, mais saintes aux yeux de Dieu ! Elles croient en effet que seul l’amour – jusqu’au martyre – triomphe de la haine et de la mort. Et certaines ont le bonheur de voir en leur mari une transformation positive, qui lui permet à lui aussi de devenir ce qu’il doit être : une image du Christ Époux.

 

 21 septembre 2014.

 

 

[1]     Pie XI, Casti conubii, n° 24, « L’ordre de l’amour ».

 

[2]     S, Ambroise, Exameron, V, 7, 19: CSEL 32, I, 154.

 

[3]     Cf. Paul SALAÜN, Comment réussir sa paternité, ch. V : Le père indique les valeurs et donne la loi.

 

[4]     Ibid. n° 24. Saint Jean-Paul II affirme la même chose dans sa catéchèse du 11 août 1982.

IV. Le mariage sacrement (Fin)